Le 27 janvier, Julien Fournié a présenté une collection Haute Couture qui résonne comme un manifeste.
Une question flotte dans l’air, presque provocatrice : qu’est-il arrivé à la mode ?
A-t-elle perdu son sens de l’impertinence, de l’extravagance, de la confrontation visuelle que suscite l’apparence ?
À force de politiquement correct et de normes socialement acceptables, la création s’est-elle diluée dans une uniformisation rassurante , mais dangereusement silencieuse ?
À contre-courant de cet alignement généralisé, qui traverse aussi bien les esthétiques que les discours sociétaux, Julien Fournié revendique l’indépendance.

Pour lui, la Haute Couture ne répond ni aux algorithmes ni aux tendances consensuelles : elle s’exprime comme un art à part entière, incarné par la maîtrise du textile, la précision du geste et, surtout, par l’autonomie absolue d’un créateur vivant, libre de livrer chaque saison une vision radicalement nouvelle.
Le « vivre ensemble »
comme matière première
L’inspiration de cette collection plonge dans une mémoire personnelle : celle des années où Julien Fournié traversait chaque jour la banlieue nord pour rejoindre le centre de Paris.
Dans les transports, les rues, les rendez-vous professionnels, il observait des individus à l’identité affirmée, parfois excessive, toujours singulière.

Des personnalités qui assumaient leur différence, sans jamais renoncer au dialogue, à la fête, au frottement avec l’autre.
De cette énergie naît une galerie de personnages puissants :
des mauvais garçons aux codes détournés, des princesses fantasques à l’élégance ensorcelante, des icônes des nouveaux romantiques traversées par la culture pop, des bourgeois savamment décalés, au raffinement bohème, vintage et profondément universaliste.

Chez Julien Fournié, femmes et hommes se livrent une véritable « guerre de charme ». Chacun emprunte, détourne, subvertit les codes de l’autre camp pour affirmer un style puissant, assumé, sans concession.
La silhouette devient un terrain de jeu politique et poétique, où l’identité se construit par hybridation plutôt que par opposition.
Les broderies se font opulentes, mais refusent toute nostalgie décorative.

Ici, pas de relecture du Second Empire : la couture se nourrit de graphes, de mangas, de cinéma de genre, de références urbaines et contemporaines.
Le luxe ne regarde pas en arrière , il absorbe le présent.

Quand l’artisanat devient subversion
Julien Fournié abolit toute hiérarchie entre tradition et innovation. Les soieries dialoguent avec les textiles expérimentaux, les savoir-faire ancestraux se réinventent dans des formes radicales.

Le couturier invite le sculpteur André Tognotti à tailler le marbre de Carrare pour en faire des couronnes, ou encore les bonnets d’un soutien-gorge métamorphosé en parure nuptiale, détournement audacieux des symboles du corps et du sacré.
Il met également en lumière le brodeur de la nouvelle génération Amman Shaikh, capable de transformer les techniques indiennes traditionnelles en dessins de cristaux colorés, projetés avec une virtuosité presque insolente.

Les Misfits comme manifeste
Cette collection est peuplée de Misfits.
Des silhouettes qui refusent le conformisme ambiant, imposent leur style, affirment une expression personnelle forte, à contre-courant des normes rassurantes.
Chez Julien Fournié, la couture ne cherche pas à apaiser. Elle interroge, provoque, élève.
Car si la norme rassure, la différence, elle, crée des légendes.

Rédaction: Hervé
Version Anglaise:
https://airsdeparis.com/fashion/julien-fournie-act-of-resistance/
Magazine imprimé

https://www.journaux.fr/airs-de-paris_mode-beaute_feminin_280044.html
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