À l’approche des élections municipales, la mode s’impose comme un thème inattendu du débat parisien.
Mardi 24 février, à La Caserne, Emmanuel Grégoire, candidat à la mairie, entouré de Nicolas Bonnet, maire adjoint chargé de la mode, et de Alexandra Cordebard, maire du 10ᵉ arrondissement, a réuni une vingtaine de professionnels du secteur lors d’un café-rencontre.
Parmi les participants figuraient plusieurs représentants de la nouvelle génération, dont les stylistes Mossi Traoré, Jeanne Friot, Steven Passaro, Kevin Germanier et Benjamin Benmoyal. Étaient également présents Elia Pradel ainsi que Arielle Lévy, présidente de l’association UAMEP.

Le secteur de la mode sous pression
Depuis plusieurs années, la municipalité, sous l’impulsion de Nicolas Bonnet, affirme son soutien à l’écosystème de la mode parisienne et a mis en place une politique volontariste pour accompagner les jeunes créateurs.
Pourtant, les créateurs restent confrontés à de nombreux défis : concurrence internationale, flambée des loyers, coûts élevés des défilés, accès limité aux financements et raréfaction des espaces de production et de présentation.
Le créateur Pierre François Valette, fondateur de la maison Valette, a particulièrement insisté sur l’enjeu crucial des savoir-faire :
« Les difficultés concernent la préservation des savoir-faire. Dans la mode, on parle beaucoup des stylistes et des modélistes, mais il y a aussi une grande perte des métiers de fabrication. On a longtemps pensé que nous concevions ici et que quelqu’un d’autre produirait. Aujourd’hui, il n’y a parfois plus personne pour le faire. »
Pour les jeunes marques, survivre ne dépend pas seulement du talent, mais de la capacité à émerger dans un paysage saturé d’images et d’événements. Steven Passaro a résumé cette équation fragile :
« La plus grande difficulté, c’est d’avoir la bonne visibilité au bon moment. Ensuite vient la question financière : il faut disposer d’espaces adaptés pour accueillir les clients et offrir une expérience cohérente avec un positionnement haut de gamme. »
La mode est un écosystème essentiel pour Paris
Interrogé par les journalistes présents, Emmanuel Grégoire a réaffirmé le rôle stratégique de la mode pour l’économie et le rayonnement culturel de la capitale.

Comment voyez-vous évoluer les dispositifs de soutien existants ?
Il faut d’abord rappeler que la mode constitue un écosystème essentiel pour Paris et pour l’économie du pays. Le haut de gamme, ce sont bien sûr les grandes maisons, mais derrière elles existe tout un réseau de formation, de création et de production, des filières qui ont été fragilisées sur le plan industriel.
Aujourd’hui, le principal savoir-faire qui nous reste est celui de la création et de l’originalité. Il faut donc assumer pleinement le soutien aux grandes maisons qui rayonnent à l’international, tout en concentrant nos efforts sur les jeunes générations.
Cela passe par la structuration des filières de formation, la mise à disposition de lieux de présentation, mais aussi par la question immobilière. Comme dans de nombreux secteurs culturels et créatifs, l’accès à l’immobilier est un enjeu majeur. La spéculation entraîne des effets d’éviction très puissants pour les créateurs, et nous devons intervenir pour y remédier.
Je porte une vision à l’échelle du Grand Paris, car c’est à cette échelle que se joue l’avenir. Il s’agit de créer des ateliers, des logements, des showrooms, voire des pop-up stores publics… L’objectif est clair : mettre le pied à l’étrier aux créateurs qui participent au rayonnement de Paris et de la France.
Vous avez évoqué la mise en place d’un cadre de travail dédié. De quoi s’agit-il ?
L’idée est de créer un comité de filière mode, luxe et création réunissant autour d’une même table les grands groupes, les jeunes créateurs, les écoles et les structures de formation, afin de traiter collectivement les enjeux auxquels la Ville peut répondre.
Deuxième principe : désigner au sein de la Ville un interlocuteur dédié pour chaque filière, afin de fluidifier les échanges dans une administration parfois cloisonnée. Il s’agit d’instaurer un cadre de discussion permanent.
C’est un enjeu stratégique pour les vingt ou trente prochaines années : confirmer la place de leader mondial de Paris dans la mode et la création.
La Ville peut-elle aider les créateurs à se développer à l’international ?
Oui, mais cela doit se construire avec les partenaires dont c’est la compétence, comme Business France ou les fédérations professionnelles.
Cela peut passer par la participation à des Fashion Weeks internationales. Il faut renforcer la visibilité des créateurs, notamment pendant la Fashion Week parisienne, où tout le monde est présent.
Nous pouvons également créer des liens avec d’autres capitales, afin d’aider les jeunes créateurs à se développer à l’export. Des coopérations existent déjà, notamment via des réseaux internationaux de villes.
En revanche, l’accompagnement économique direct à l’export relève de l’État. La Ville, elle, peut agir sur la visibilité : lors de déplacements internationaux, nous pouvons intégrer des jeunes créateurs aux délégations pour leur offrir une meilleure exposition.
Nous disposons aussi d’outils comme le Grand Prix de la Création de la Ville de Paris, qui constitue un levier de visibilité important.
Pendant les Fashion Weeks, certains quartiers comme le Marais voient les loyers exploser. Une régulation est-elle envisagée ?
Non, on ne peut pas réguler un phénomène qui relève de la loi du marché. C’est comparable à ce qui se passe à Avignon pendant le Festival : la demande est très forte, et les prix augmentent.
En revanche, pour soutenir les jeunes créateurs, il faut sortir du marché classique. Cela implique de mettre à disposition des salles municipales à des conditions accessibles. Nous pouvons mobiliser les mairies d’arrondissement, des lieux culturels, sportifs ou d’autres espaces municipaux. C’est également une manière de valoriser ces lieux en les associant à des événements d’envergure mondiale.
Enfin, il faut travailler avec la fédération organisatrice des Fashion Weeks pour que les grandes opérations spectaculaires menées par les grandes marques profitent, en contrepartie, davantage aux jeunes créateurs. C’est une piste que je souhaite inscrire à l’ordre du jour de nos prochaines rencontres.

À l’approche des municipales, la question n’est donc plus seulement de savoir comment préserver l’image de Paris comme capitale mondiale de la mode, mais comment maintenir sur son territoire les talents qui font sa singularité.
Pour les jeunes créateurs, l’enjeu est clair : continuer à créer à Paris — et pouvoir y rester.
Interview: Wendy
Rédaction: Hervé
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