Au moment où l’artisanat, la création et le fait-main séduisent plus que jamais, l’Institut pour les Savoir-Faire Français ouvre un nouveau chapitre de sa longue histoire.
Après une année de profonde réorganisation, cette institution née il y a 136 ans sort renforcée, déterminée à transmettre les métiers d’art à une nouvelle génération, tout en soutenant ceux qui les font vivre.
136 ans d’héritage, un nouveau souffle
Fondé en 1889, l’Institut a vu défiler toutes les grandes transformations de la France : des manufactures historiques aux ateliers d’avant-garde, des gestes traditionnels aux technologies numériques.
Longtemps connu sous le nom d’Institut National des Métiers d’Art, il adopte en 2024 un nouveau nom, celui qu’il porte aujourd’hui : l’Institut pour les Savoir-Faire Français.
Un symbole fort, qui place au cœur de son identité ce que la France a de plus précieux : ses artisans, ses ateliers, ses matières, ses gestes.
En septembre 2024, l’Institut avait volontairement demandé une procédure de sauvegarde pour protéger son activité. Un choix courageux, qui lui permet aujourd’hui d’entamer une nouvelle étape, plus stable, plus lisible, plus ambitieuse.
Avec une équipe unie, le soutien du ministère de la Culture, et un réseau de mécènes et partenaires fidèles, l’Institut repart de l’avant.
Un écosystème créatif et vivant
L’Institut fédère aujourd’hui un réseau de plus de 100 000 artisans, manufactures, ateliers et écoles. Des métiers rares, des passions exigeantes, des expertises qui façonnent l’identité française : joailliers, verriers, selliers, céramistes, tisserands, sculpteurs, enlumineurs…
Dans un monde où l’on redécouvre la beauté des objets durables et du travail bien fait, ces savoir-faire s’inscrivent pleinement dans les aspirations contemporaines : consommation responsable, amour du local, quête de sens, retour à la matière.
Les trois piliers de la renaissance
L’action de l’Institut s’articule désormais autour d’une stratégie claire :
Faire rayonner : Valoriser les savoir-faire français à travers les Journées Européennes des Métiers d’Art et des initiatives pédagogiques, pour mieux raconter les gestes, les ateliers et l’excellence qui façonnent notre culture.
Faire perdurer : Assurer la transmission grâce au programme Maîtres d’art – Élèves, au Prix Avenir Métiers d’Art et à divers accompagnements, afin de préserver des techniques précieuses dans un monde où tout s’accélère.
Faire grandir: Soutenir les filières avec des dispositifs comme Les Éclaireurs ou ACMÉ, et accompagner les acteurs pour relier tradition, innovation et nouveaux usages.
L’avenir s’écrit ici et maintenant
Dans un paysage culturel en constante évolution, l’Institut revendique son rôle : un passeur de sens, un trait d’union entre mémoire et innovation.
Porté par une équipe engagée, une communauté passionnée et une énergie nouvelle, l’Institut pour les Savoir-Faire Français s’apprête à écrire un nouveau chapitre. Un chapitre qui place l’artisanat au cœur de la vie culturelle, économique et créative du pays. Parce que derrière chaque métier d’art se cache bien plus qu’un geste : un héritage, une promesse et une part vivante de l’identité française.
Interview avec
Anne-Sophie Duroyon-Chavanne
Directrice générale de l’Institut pour les Savoir-Faire Français

Comment l’intelligence artificielle est-elle perçue dans le domaine des métiers artisanaux ?
L’intelligence artificielle est un outil formidable. Elle accompagnera la transformation des métiers artisanaux, mais ne les contraindra pas, ne les remplacera pas. C’est une évolution comparable au passage de la vapeur à l’électricité : une nouvelle énergie, pas un effacement du geste.
Il existe une intelligence artisanale, celle du savoir-faire manuel, de l’œil, du toucher, de la maîtrise. Cette intelligence est précieuse, reconnue par nos partenaires, et l’IA vient simplement l’enrichir. Elle permettra aux professionnels de disposer de meilleurs outils, pas de perdre leur identité.
Est-ce que les jeunes sont attirés par les métiers d’art ?
Oui, et de plus en plus. Ces métiers répondent à une quête de sens profonde : travailler des matières nobles, exercer un geste précis, évoluer dans des ateliers souvent situés hors de l’Île-de-France, avec des chefs d’entreprise engagés et très proches de leurs équipes.
Les opportunités existent : on peut être salarié, entrepreneur, créer son atelier, reprendre un savoir-faire.
Le seul défi, aujourd’hui, est de mieux valoriser ces métiers pour les rendre encore plus visibles. Mais l’appétence des jeunes est réelle, et elle nous porte.
Nous vivons une période où les modes de consommation évoluent très vite. Comment la décrivez-vous ?
Je pense que nous arrivons au bout d’un système. Pendant des années, tout a été conçu pour l’accès instantané : acheter vite, beaucoup, souvent. La fast fashion est l’expression extrême de ce modèle.
Face à cela, nous défendons le slow-made : ce qui est fabriqué à la main, dans un temps long, avec un impact environnemental mesuré. Des pièces qui durent, qui se réparent, qui se transmettent. C’est l’exact inverse du jetable.
Les deux mondes coexistent aujourd’hui. Mais en valorisant le durable, le réparable et le local, nous pouvons réapprendre à consommer autrement. La prise de conscience progresse, lentement mais sûrement.
Les savoir-faire français ont une aura mondiale. Comment cela s’inscrit-il dans votre vision ?
Nos savoir-faire sont reconnus partout. Cette reconnaissance est une force immense. La mondialisation a permis à nos artisans de rayonner bien au-delà de leurs frontières.
Le monde change, et nos métiers d’art doivent pouvoir y trouver leur place, tout en préservant leur âme.

Interview: Wendy
Rédaction: Hervé
Lecture en ligne
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