Exposition : Paul Poiret, la mode est une fête

 

 

 

Du 25 juin 2025 au 11 janvier 2026, le musée des Arts décoratifs de Paris consacre sa première grande monographie à Paul Poiret (1879-1944), figure emblématique de la haute couture parisienne du début du XXe siècle.

 

Une plongée dans l’univers du pionnier

de la haute couture moderne

 

Intitulée « Paul Poiret, la mode est une fête », cette exposition rend hommage à l’inventivité et à l’audace de l’homme qui a révolutionné la mode et libéré le corps féminin des corsets contraignants.

Plus qu’un couturier, Poiret était un visionnaire, à la croisée de multiples disciplines : mode, arts décoratifs, parfumerie, gastronomie, et même spectacle.

 

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Une exposition riche et immersive

 

À travers 550 œuvres, dont des vêtements, accessoires, œuvres d’art et objets d’arts décoratifs, l’exposition explore les multiples facettes de la créativité de Paul Poiret. Du faste de la Belle Époque aux exubérantes Années folles, cette rétrospective plonge le visiteur dans l’univers foisonnant du créateur, mettant en lumière son influence durable sur l’histoire de la mode.

Les créations de Poiret n’étaient pas de simples vêtements : elles incarnaient un style de vie, un concept novateur pour l’époque qui continue de résonner aujourd’hui. Ses silhouettes audacieuses, ses couleurs vibrantes et son approche artistique de la couture ont marqué des générations de créateurs, de Christian Dior à John Galliano, en passant par Yves Saint Laurent.

 

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Un créateur en dialogue avec les arts

 

Paul Poiret ne se contentait pas de créer des vêtements : il collaborait étroitement avec des artistes avant-gardistes de son époque. Parmi ses proches, on compte des noms tels que Raoul Dufy, Paul Iribe, Maurice de Vlaminck ou encore Georges Lepape. Ces collaborations ont donné naissance à des créations uniques, comme le manteau La Perse (1911), conçu par Poiret et orné de motifs imprimés par Dufy.

Poiret était également fasciné par les Ballets Russes de Serge de Diaghilev, dont la modernité et la fusion des arts l’inspiraient. Il habille des danseuses célèbres telles qu’Isadora Duncan et Nyota Inyoka, transcrivant dans ses créations la fluidité et la poésie du mouvement.

 

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Une scénographie à l’image de son univers

 

L’exposition au musée des Arts décoratifs adopte une approche à la fois chronologique et thématique, permettant de plonger dans l’époque de Poiret tout en explorant ses innovations. Chaque salle, aux couleurs vibrantes et changeantes, reflète son génie de la couleur et sa capacité à orchestrer des univers complets.

Un soin particulier a été apporté à la scénographie, qui intègre des éléments évoquant l’esprit de Poiret, comme ses célèbres malles de voyage décorées en motifs énigmatiques. L’exposition met également en lumière des aspects plus intimes de sa vie, avec des portraits de sa muse et épouse Denise Poiret, de leurs enfants, et même de sa sœur, Nicole Groult, elle-même créatrice de mode.

 

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Un héritage intemporel

 

L’exposition s’achève sur l’influence de Paul Poiret sur les créateurs des XXe et XXIe siècles. Nombre de couturiers, tels que Christian Lacroix ou Alphonse Maitrepierre, ont puisé dans son goût pour l’orientalisme, son esprit de fête et son approche narrative de la couture. Poiret peut être considéré comme un précurseur des collaborations artistiques modernes, ces fameuses « collabs » qui marquent aujourd’hui l’industrie de la mode.

En rassemblant les multiples facettes de ce visionnaire, « Paul Poiret, la mode est une fête » rappelle que son œuvre dépasse largement les frontières de la couture. Elle incarne une philosophie de vie, où le vêtement est une partie d’un tout, intégrant art, culture et modernité. Un hommage vibrant à un créateur dont l’héritage continue de rayonner.

 

 

Rencontre avec

Marie-Sophie Carron de la Carrière

 

Le commissariat de l’exposition a été confié à Marie-Sophie Carron de la Carrière, conservatrice en chef du patrimoine. Elle nous a partagé ses réflexions sur plusieurs aspects de l’exposition.

 

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Pourquoi avoir organisé cette exposition ?

L’objectif principal est de mettre en valeur les collections de mode du musée des arts décoratifs. En effet, aucune rétrospective n’avait été réalisée jusqu’à présent sur Paul Poiret, malgré la richesse de nos collections. Nous souhaitons rassembler une soixantaine de silhouettes de Poiret, mais l’exposition ne se limite pas à la mode. Ce qui est particulièrement novateur, c’est que Paul Poiret a inventé la notion de lifestyle, un concept aujourd’hui omniprésent dans le monde de la mode. En effet, le vêtement n’a de sens que s’il est associé à un décor, un cadre de vie et un art de vivre.

Nous explorerons également toute la dimension des arts décoratifs et des parfums, qui avaient été merveilleusement mis en scène en 1925. À cette époque, la situation commerciale de son entreprise était très difficile. Il a alors fait le bilan et a présenté pour la dernière fois l’ensemble de ces aspects de sa création, intégrés dans un même espace.

 

Comment racontez-vous cette histoire ?

Il était donc essentiel de narrativer cette histoire en mettant l’accent sur certains éléments qui m’ont particulièrement frappé lors de la préparation de l’exposition. D’une part, il y a le travail de la couleur chez Paul Poiret, et d’autre part, la notion de mouvement de la silhouette féminine, magnifiquement incarnée par sa muse, Denise.

Cela signifie qu’en termes de scénographie, il était crucial d’organiser une dynamique permettant de passer d’un espace à l’autre en utilisant différentes couleurs. De plus, nous avons souhaité nous rapprocher du marquage qu’il appliquait sur ses malles de voyage. Il faisait décorer ses bagages avec des motifs semblables à des rébus, ce qui lui permettait de les retrouver facilement lorsqu’ils étaient déposés sur un quai de gare.

 

Pourquoi avoir choisi la couleur rouge dans le décor ?

Le rouge, ici, revêt une signification profonde. Les couleurs utilisées sont étroitement liées aux créations de Paul Poiret. On retrouve également ces teintes chez ses amis du mouvement fauviste, qui a émergé en 1905, presque simultanément avec les créations très colorées de Poiret.

Parmi ses amis, on compte des peintres fauves tels qu’André Derain et Maurice de Vlaminck, avec qui il entretient des relations étroites. Poiret participe activement à cette recherche artistique et souhaite reproduire la même sensibilité visuelle dans ses créations de mode.

 

Pourquoi y a-t-il une partie consacrée à la collaboration artistique ?

Concernant les collaborations artistiques, il y a deux aspects à considérer. D’une part, il y a les collaborations au sein de la maison de couture, impliquant des assistants aux personnalités variées, comme Victor Luette. D’autre part, il existe des collaborations avec des artistes ayant leur propre parcours, qui n’ont pas nécessairement un lien direct avec la mode, mais qui l’introduisent dans cet univers. Je pense notamment à des figures comme Raoul Dufy et Maurice de Vlaminck.

 

Y a-t-il une chronologie dans la visite ?

Oui, il existe un parcours chronologique, ainsi que des thématiques qui se greffent sur ce parcours. Ces thématiques permettent de mieux comprendre le processus de création de Paul Poiret.

 

Comment l’œuvre de Paul Poiret continue-t-elle d’influencer les créateurs contemporains ?

Il est essentiel de montrer que l’esprit de Paul Poiret, qui, je l’espère, plane sur cette exposition que nous rendons vivante, a encore du sens aujourd’hui. Des couturiers tels que Christian Dior ou Yves Saint Laurent, qui ont connu son travail, ont qualifié Poiret de génie de la couleur, un aspect particulièrement marquant de son œuvre.

Cette influence trouve encore un écho aujourd’hui, même auprès de créateurs qui sont peut-être moins familiers avec ses créations, notamment parce que la dernière grande exposition consacrée à Poiret à Paris remonte à 1986. Pourtant, de jeunes couturiers continuent de s’inspirer de thématiques propres à son travail, comme son intérêt pour l’Orient, son goût pour le folklore, son travail sur la ligne, sa recherche d’une certaine simplicité, ou encore son usage magistral de la couleur. Retrouver l’éclat et la fraîcheur des créations de Paul Poiret, c’est ce qui rend son œuvre intemporelle.

 

Les créations de Paul Poiret étaient-elles en phase avec son époque ?

Bien sûr, il était tout à fait en phase avec son époque, qui correspond au début du 20e siècle, notamment au tournant des années 1900. En tant que Parisien, il traverse la ville et connaît parfaitement son environnement. Il visite les musées, fréquente les expositions universelles, et se rend dans les grands magasins qui exposent des produits exotiques. Très érudit, il puise directement dans ces expériences pour enrichir ses créations. Toute cette effervescence culturelle et artistique a nourri son travail et lui a permis de rester en phase avec les grandes tendances de son temps.

 

Comment l’influence asiatique a-t-elle impacté le travail de Paul Poiret ?

Il y a une inspiration asiatique évidente dans son travail. Bien qu’il n’ait jamais voyagé en Asie, Paul Poiret a été influencé par le japonisme, un courant artistique qui était déjà bien établi lorsqu’il ouvre sa première maison de couture. Le japonisme, qui a émergé au 19e siècle, avait une forte tradition dans les arts plastiques et même dans la mode européenne.

Poiret s’imprègne aussi des influences de l’Orient en côtoyant des artistes partageant cette fascination. Par exemple, il entretient des liens avec Fortuny, un couturier d’origine espagnole. Tout comme Poiret, Fortuny mélange des influences orientales et occidentales, puisant dans une grande diversité de sources culturelles pour enrichir ses créations. Ces inspirations asiatiques et orientales ont contribué à l’originalité et à l’avant-gardisme de son œuvre.

 

Pourquoi Paul Poiret était-il en déclin à la fin de sa carrière ?

Le déclin de Paul Poiret s’explique en partie par l’émergence de nouveaux couturiers, qui ont pris le devant de la scène et redéfini les tendances de la mode. Pendant ce temps, Poiret continue à dépenser énormément pour développer ses idées, sans tenir compte des graves difficultés économiques que connaît sa maison de couture.

Il ne parvient pas à s’adapter à la réalité économique de l’époque, ce qui contribue à son déclin. Ainsi, malgré son génie créatif, il n’a pas su réinventer son modèle et répondre aux nouveaux défis du marché.

 

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Interview : Wendy

Rédaction: Hervé

Photo : Charles

Assistante : Maria

 

 

 

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