Pendant la Paris Design Week, l’École Duperré se transforme en un véritable terrain d’expérimentation et dévoile une pédagogie audacieuse où le dialogue interculturel devient un moteur d’innovation.
École publique sous tutelle de la Ville de Paris, Duperré n’est pas une simple école d’art. C’est un écosystème rare et fécond, où se rencontrent des savoir-faire artisanaux d’excellence — textile, céramique, tapisserie — et une réflexion avant-gardiste sur le design contemporain, social et durable.

Cette hybridation intrinsèque entre tradition et modernité fait de Duperré un sujet d’étude essentiel pour qui souhaite décrypter les mécanismes de la création hybride. Ici, les étudiant(e)s apprennent à penser avec les mains et à créer avec une conscience aiguë des enjeux culturels, écologiques et sociaux de notre temps.
Airs de Paris a rencontré Alain Soreil, directeur de l’École Duperré, pour décrypter une vision pédagogique unique où tradition artisanale et innovation prospective se croisent.
ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC
Alain SOREIL

Et pourquoi ce partenariat avec la Paris Design Week ?
Tout simplement parce que notre dynamisme et notre engagement correspondent parfaitement à l’esprit de cet événement d’envergure internationale. Nos étudiants sont résolument tournés vers le monde professionnel, constamment en prise avec les réalités et les défis de l’industrie.
Récemment de retour de missions en Indonésie et ailleurs dans le monde, forts de multiples participations à des concours internationaux, nos équipes viennent une fois encore de briller en remportant le Prix de la Création Civilisationnelle. Cette distinction récompense leur excellence et leur vision du design à impact.
Ce partenariat s’inscrit naturellement dans cette dynamique. Si nous choisissons parfois de mettre en lumière certains partenaires, c’est pour souligner la diversité et la richesse de nos coopérations.

Comment soutenez-vous la jeunesse ?
Notre action ne se limite pas à la création : nous nous engageons également dans l’expertise, l’accompagnement et le soutien à la jeunesse créative .
Quand nous parlons du monde, nous le voyons comme un tout. Notre travail incarne cette vision : de l’aménagement de la maison à la décoration, du vêtement à l’accessoire, du bijou à l’objet — chaque détail participe à créer un univers cohérent et sensible.
Enchanter le monde, c’est bien plus qu’une expression : c’est une philosophie. C’est penser à l’autre, imaginer des lieux où se ressourcer, où se sentir bien. C’est porter un message humaniste, un message de paix vécue et d’espoir que nous incarnons à travers chacune de nos actions.

Comment donnez-vous plus de visibilité aux talents issus de cultures différentes ?
Nous montrons la diversité culturelle et mettons en lumière le fait que les talents sont présents partout sur la planète. Simplement, ils ne bénéficient pas toujours de la visibilité nécessaire.
Nous essayons d’inverser cette tendance en soulignant que le talent est universel. Peut-être que les moyens ne sont pas équitablement répartis, mais regardons un peu : il n’existe pas une seule culture, ni un seul modèle. Le design existe partout, et il incarne une forme d’égalité créative.
Nous nous efforçons de montrer que des jeunes, parfois avec très peu de moyens, parviennent à créer des choses extraordinaires en utilisant les matériaux disponibles localement.
Nous travaillons également avec des pièces de métallerie, des sculptures, et des échantillons textiles. À chaque fois, les racines culturelles sont mises en avant, mais les créations vont bien au-delà du travail traditionnel : elles deviennent de véritables objets design, contemporains et innovants.

Pourquoi voit-on la marque Royal Enfield ?
Nous avons conclu un partenariat significatif avec Royal Enfield. En échange de ce partenariat, nous les accompagnons dans un certain nombre de développements stratégiques et créatifs.
Ce projet s’inscrit dans la durée : nos étudiants auront l’opportunité de proposer des accessoires, de créer une ligne de vêtements, et même de participer activement au design d’un modèle de moto. Nous prévoyons également d’organiser à l’étranger un défilé de mode autour de l’univers de la marque, ainsi que des présentations techniques des machines.
Il s’agit véritablement d’un art de vivre que nous construisons ensemble, où l’esthétique rencontre l’innovation mécanique. Notre rôle consiste à accompagner ces projets passionnants et à être présents à chaque étape, ce qui est extrêmement important pour plonger nos étudiants au cœur de la réalité professionnelle et leur offrir une expérience concrète du monde du design et de l’industrie.

Avez-vous des partenariats avec la Chine ?
Absolument. Nous entretenons une collaboration avec l’Institut de Design et d’Enseignement Supérieur de Suzhou. Tout au long de l’année à venir, nous prévoyons de intensifier nos échanges par des visites mutuelles, des workshops conjoints et le développement d’activités pédagogiques enrichissantes pour nos étudiants et enseignants.
L’amitié franco-chinoise n’est pas qu’un concept ; elle est tangible et vivante. Chaque collaboration avec nos partenaires chinois, que ce soit à Beijing ou ailleurs dans le pays, nous apporte une satisfaction. Nous restons ouverts à toute proposition de collaboration, car nous sommes convaincus qu’il est crucial que les jeunes de nos deux pays unissent leurs forces pour mener à bien des projets communs, donner vie à leurs aspirations et construire ensemble l’avenir.
Je dois également souligner que la créativité chinoise connaît actuellement un essor extraordinaire. À chacune de mes visites en Chine, j’observe une évolution rapide et impressionnante, notamment ces deux dernières années, où les progrès ont été particulièrement remarquables.

Un diplôme est-il encore indispensable pour réussir dans les métiers de la création aujourd’hui ?
Le diplôme conserve une valeur certaine : il structure un parcours, valide des compétences et ouvre des portes. Mais il n’est plus l’unique voie vers la réussite.
Aujourd’hui, nous encourageons les jeunes à cultiver une démarche d’autoformation : saisir les opportunités sur le terrain, apprendre en faisant, et nourrir leur curiosité au contact des réalités professionnelles. De nombreux créatifs talentueux se forment « sur le vif », en situation réelle — et c’est précisément pour cette raison que notre école s’efforce d’aller à leur rencontre, partout dans le monde.
Chez nous, la formation dépasse le cadre du diplôme. Un diplôme, c’est comme une empreinte : il atteste d’un acquis à un instant donné, mais il ne résume ni le talent ni le potentiel. Le monde évolue à un rythme inédit : l’apprentissage se construit désormais par les rencontres, les échanges et le partage d’expériences.
Même à l’ère de l’intelligence artificielle, la créativité véritable puise sa source dans le regard de l’autre, la diversité des sensibilités et la richesse des collaborations.
L’enjeu n’est plus seulement d’apprendre, mais d’apprendre à apprendre — ensemble, autrement, et tout au long de la vie.

Interview : Wendy
Rédaction : Hervé
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