À l’initiative du Rotary Club de Paris et de la mairie du 8ᵉ arrondissement, deux institutions emblématiques de la création française — l’École Boulle et ESMOD — engagent un dialogue inédit où l’excellence s’impose comme fil conducteur.
Pendant plusieurs jours, trente jeunes créateurs confrontent leurs univers et leurs sensibilités : quinze diplômés du DN MADE Arts et Techniques du Bijou de l’École Boulle et quinze issus du Bachelor Styliste Designer Mode d’ESMOD.
Au-delà des formes et des disciplines, une véritable conversation de fond s’installe, portée par la matière, le geste et le savoir-faire.

Design de mode et design d’objet se répondent dans une poésie commune. Les textures dialoguent avec les silhouettes, les couleurs s’accordent aux volumes, la technicité devient langage.
Mobilier, haute joaillerie et vêtement s’observent, se croisent et s’influencent. L’assise rencontre la silhouette, l’espace épouse le corps. Qu’elle soit portée ou habitée, la création révèle une même exigence de précision, de sens et de beauté.
Former au croisement des disciplines
Pour Véronique Beaumont, directrice de l’école ESMOD, ce projet s’inscrit pleinement dans l’évolution contemporaine de l’enseignement de la mode :

À l’origine, la mode est une école des arts et des techniques du vêtement. Depuis plusieurs années, notre enjeu est de montrer que ESMOD n’est pas uniquement une école de mode. C’est avant tout une école profondément artistique, ouverte à des formes d’expression variées, allant de l’artisanat d’art à des pratiques plus contemporaines issues de l’art moderne. Faire dialoguer des étudiants issus de différentes écoles apparaît aujourd’hui comme une évidence.
Nous vivons dans une époque marquée par la collaboration entre disciplines et par le croisement des savoir-faire. Cette approche est extrêmement enrichissante pour les étudiants, mais aussi pour le public, qui découvre que le savoir-faire — lorsqu’il repose sur une méthode d’excellence — peut s’appliquer au vêtement, aux accessoires, mais aussi aux objets.
Une vision que ESMODE revendique depuis longtemps, et qui a naturellement conduit l’école à répondre à l’invitation du Rotary Club de Paris, afin de nourrir ce dialogue entre disciplines et générations.
Une histoire commune de la matière et de la forme
Cette rencontre est aussi une invitation à sortir de ses propres codes et à interroger ses héritages.
Fabienne Leloup, professeure agrégée de Lettres modernes à l’École Boulle, souligne la proximité intellectuelle et créative entre les deux établissements :

Il existe bien plus de points communs qu’on pourrait le penser. L’École Boulle est avant tout une école dédiée aux matériaux, à la réflexion sur les formes et à la recherche de la beauté. De son côté, ESMODE est aussi une école d’innovation, qui interroge et déconstruit les matériaux, en explore les potentialités.
Nous avons souhaité permettre aux étudiants de croiser nos héritages respectifs — des histoires avec un grand H. D’autant plus que l’École Boulle fête ses 140 ans cette année, tandis qu’ESMOD est l’une des écoles de mode les plus anciennes au monde.
Quand la joaillerie devient mouvement
Parmi les pièces les plus marquantes, le collier Mérezis, conçu par Ulysse Allanic, jeune joaillier diplômé de l’École Boulle, incarne à lui seul l’esprit de l’exposition :

Le collier Mérezis est une pièce de joaillerie mécanique qui fait dialoguer la haute joaillerie et la mécanique d’art, en particulier l’univers de l’automate, très en vogue au XIXᵉ siècle. Mon objectif était de provoquer la rencontre entre ces deux traditions d’excellence. J’ai souhaité insuffler au bijou un mouvement autonome, généré par un ressort en acier trempé.
Traditionnellement, l’automate est réservé aux objets décoratifs ; ici, il devient portable et interagit avec le corps. Le mécanisme tente de traduire le mouvement invisible de la croissance végétale, un phénomène permanent mais situé dans un autre temps que le nôtre. L’idée était de rendre visible l’invisible.
Le soutien des institutions
Pour Jeanne d’Hauteserre, maire du 8ᵉ arrondissement de Paris, cette exposition s’inscrit pleinement dans la mission culturelle de la mairie :

Nous sommes très engagés en faveur de la culture. Tous les quinze jours, nous renouvelons nos expositions. Cette semaine, nous avons souhaité travailler avec ESMOD, car la mode est aussi un formidable terrain d’expression de la créativité.
La France est historiquement reconnue comme le pays de la mode et de la créativité. La haute couture, le prêt-à-porter, la grande mode font partie de notre identité culturelle, et nous devons préserver cette dimension exceptionnelle.
Paris est une capitale mondiale de la mode. Si la Fashion Week existe ailleurs, lorsqu’on vient à Paris, c’est pour découvrir une vision, un savoir-faire et une histoire uniques. C’est une immense fierté pour nous de contribuer à ce rayonnement.
Le Rotary Club de Paris, catalyseur de talents
Fondé en 1921, le Rotary Club de Paris est le plus ancien club rotarien de France et le plus important d’Europe. Fidèle à sa devise « Servir d’abord », il soutient la jeunesse, encourage la création et favorise la transmission des savoir-faire.
À l’origine de cette initiative, son président Étienne Denarié résume l’esprit de l’exposition :

C’est la quatrième exposition que j’organise à la mairie du 8ᵉ arrondissement autour des métiers d’art. Jusqu’à présent, les artisans exposés étaient majoritairement d’anciens élèves de l’École Boulle.
La création fonctionne souvent ainsi : 1 + 1 peut faire 3. Le télescopage des idées, des regards et des pratiques fait émerger une créativité nouvelle. Créer ces espaces de rencontre, c’est provoquer un véritable foisonnement créatif.
À travers ce dialogue entre éclat et silhouettes, l’exposition démontre que la création contemporaine se nourrit avant tout de rencontres, de croisements et d’une passion commune pour l’excellence.
Interview : Wendy
Rédaction: Hervé
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