À travers une danse vibrante, des dialogues musicaux captivants et une mise en scène empreinte d’émotion, Julien Lestel offre une relecture audacieuse et moderne de Carmen, redonnant à cette héroïne mythique une voix universelle et profondément humaine.
Réinterpréter Carmen, l’opéra le plus joué au monde, en seulement une heure et dix minutes, est un défi ambitieux que Julien Lestel relève avec maestria.
Cette adaptation contemporaine et féministe s’inscrit dans une démarche artistique et sociétale, en résonance avec les préoccupations actuelles : l’émancipation des femmes, leur quête inlassable d’égalité et la dénonciation des violences et féminicides.

Sans trahir l’œuvre originale, Lestel transpose l’histoire de cette bohémienne rebelle dans une esthétique résolument urbaine et moderne. Carmen, libre et indomptable, incarne ici non seulement une figure de désir et de passion, mais aussi un symbole de résistance face aux oppressions.
Sa quête de liberté, tragiquement brisée par la jalousie meurtrière de Don José, met en lumière des problématiques universelles toujours d’actualité, notamment les violences systémiques faites aux femmes.
Une chorégraphie au service de l’émotion
La force de cette nouvelle version réside dans sa gestuelle contemporaine, empreinte d’émotion et d’intensité. Chaque mouvement exprime une part de l’histoire, traduisant les luttes, les passions et les douleurs des personnages.
Dans cette chorégraphie, l’égalité prend vie sur scène : Don José, Micaëla et Escamillo ne sont plus de simples figures secondaires.
Ils gagnent en profondeur, en humanité et en complexité, partageant avec Carmen un espace scénique où les rapports de force s’effacent au profit d’une harmonie nouvelle.
L’amour, souvent représenté comme une guerre entre les sexes, trouve ici une réinterprétation sensible et poétique. Don José guide une Carmen moins cruelle, plus respectueuse de son amant, vers une danse où les sentiments prennent le pas sur la défiance. Leur étreinte, loin d’être un affrontement, devient une ode à la grâce et à l’amour réciproque.

Carmen : un symbole féministe et universel
Plus qu’un personnage tragique, Carmen devient ici une figure intemporelle et universelle. À travers elle, Julien Lestel interroge la violence inhérente aux dynamiques amoureuses et aux sociétés dominées par des rapports de pouvoir inégalitaires.
La chorégraphie, la musique, la lumière et les costumes s’unissent pour créer un univers où l’émotion est reine.
Dans une scène finale poignante, le public est confronté à la mort de Carmen, non pas comme une fin, mais comme un sacrifice porteur d’espoir.
Carmen est morte, mais son esprit vivifiant survit en nous. Elle devient un guide vers une société plus égalitaire, plus fraternelle et plus libre.

Julien Lestel :
Un Danseur d’Exception
Julien Lestel est reconnu pour sa créativité et son talent exceptionnel. Avec un parcours impressionnant et une passion indéfectible pour la danse, il a su marquer le monde de la danse contemporaine. Ses chorégraphies se distinguent par une fusion de techniques traditionnelles et contemporaines, créant ainsi des performances captivantes qui touchent le public.
Lestel explore souvent des thèmes profonds et émotionnels, cherchant à établir une connexion authentique avec les spectateurs. Il repousse sans cesse les limites de la danse, cherchant à innover et à toucher les cœurs.

Pourquoi avoir choisi le thème de Carmen ?
C’est une œuvre que tout le monde connaît. Cela m’intéressait de revisiter quelque chose de connu, comme un hommage au grand compositeur du passé. Le sujet m’inspirait beaucoup. Carmen résonne avec la prise de conscience de la place de la femme dans la société aujourd’hui, notamment son émancipation, son désir d’égalité et l’envie de faire ses propres choix. Cela résonne avec l’idée que nous avons aujourd’hui sur ce que nous souhaitons pour les femmes dans notre société. C’est pour cette raison que j’ai traité ce sujet dans cette chorégraphie.
Revisiter Carmen avec la danse, est-ce différent de l’opéra ?
Avec le langage corporel, nous avons un langage universel. C’est un langage en soi, donc on comprend l’histoire grâce aux émotions du corps, que ce soit par des mouvements très dynamiques, des mouvements plus lents, des regards ou des respirations. C’est très facile à comprendre, presque plus que l’opéra, où il y a un texte chanté. Dans les opéras, il y a souvent beaucoup de scènes, alors que j’ai résumé l’histoire, je l’ai simplifiée, je suis allé à l’essentiel, et c’est très compréhensible pour tout le monde.
Pourriez-vous partager votre expérience en Chine en avril ?
J’ai eu ma première expérience en tant que danseur à l’Opéra de Paris, lors d’une tournée en Chine, il y a 20 ans. Cette fois-ci, c’est pour le festival Croisements France-Chine, et je suis le premier chorégraphe français à faire partie de ce festival. J’ai créé une chorégraphie pour les danseurs chinois de l’école de danse de Shenyang. Cela s’est très bien passé et maintenant, j’aimerais y aller avec ma compagnie pour faire une tournée.
Avez-vous vu la différence depuis votre dernière visite en Chine?
Il y a une énorme différence par rapport à il y a 20 ans. Cela a évolué à une vitesse incroyable, notamment au niveau de la technologie. Je ne pensais pas qu’il y avait des choses qui existaient comme ça. La mentalité a beaucoup changé, la manière dont la population évolue, et l’environnement a également beaucoup changé.
J’ai vraiment été très bien accueilli ; ils sont chaleureux et gentils. Nous avons beaucoup partagé, et c’était un moment très fort. Je suis resté seulement 10 jours, mais comme il n’y avait aucun Français, j’étais uniquement avec des Chinois. J’ai été immergé dans la culture chinoise, visitant des musées, la Cité interdite à Shenyang, et de nombreux restaurants, où des Chinois m’ont montré leur façon de vivre. C’était très agréable.
Interview :Wendy
Photo: Alexis
Rédaction: Hervé
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