Charles de Gaulle vu sous la plume d’ancien ambassadeur de Chine

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L’ancien ambassadeur de Chine, Wu Jianmin aime la France au point de n’avoir jamais cessé d’y penser, en particulier en écrivant un ouvrage intitulé : « Une carrière diplomatique en France ». Dans ce livre, il évoque ses rencontres avec la famille du Général de Gaulle. En voici un extrait …

Charles de Gaulle vu sous la plume d’ancien ambassadeur de Chine.

De toutes les puissances occidentales, la France fut la première à établir des relations diplomatiques avec la Chine au niveau des ambassadeurs. Lorsque l’on évoque les relations sino-françaises, on cite invariablement les noms de Mao Zedong et de Charles de Gaulle, qui ont pris la décision stratégique d’établir des relations diplomatiques entre la Chine et la France. Peu après le Nouvel An chinois en 2000, nous avons invité le fils, le neveu et le petit-fils du Général à dîner à la résidence. Quand nous sommes arrivés à table, j’ai commencé par un petit discours dans lequel j’ai dit que les Chinois admiraient de Gaulle parce que : pendant la Seconde Guerre mondiale, Charles de Gaulle sut mener le peuple français dans une lutte indomptable dans des conditions très difficiles puisque son pays était envahi. Le peuple chinois a beaucoup souffert des agressions étrangères, il respecte ceux qui défendent l’indépendance et l’intégrité territoriale de leur pays.

La vision stratégique de Charles de Gaulle, qui sut résister à la pression des États-Unis reconnut la Chine et établit de solides relations diplomatiques en 1964. La Chine doit à ce personnage beaucoup de respect et d’admiration. À une époque où deux superpuissances dominaient le monde, de Gaulle a mené une politique étrangère indépendante et volontaire en tenant tête à l’une des superpuissances. La Chine et la France ont tant de points communs et personne ne peut l’oublier ! J’ai également mentionné que, peu après la mort Charles de Gaulle en 1970, j’étais interprète pour le Premier Ministre, Zhou Enlai. C’était une période de «turbulence décennale»et l’information était rare.

Lorsque j’ai rencontré le Premier ministre, je lui ai raconté ce que j’avais lu sur Charles de Gaulle dans le journal français Le Monde. J’ai dit que j’avais pu voir dans ses yeux qu’il était très triste. Le Premier Ministre, Zhou me répondit : « Charles de Gaulle a œuvré pour l’indépendance de la France… ». Après le repas, le fils aîné de Charles de Gaulle, Philippe, m’a dit que la famille avait été très émue de mes paroles. Autour de la table, le principal sujet de conversation porta naturellement sur Charles de Gaulle. Philippe nous apprit combien son père très sévère, avait le sens du devoir familial. Lorsque de Gaulle fut élu Président de la République, il sut immédiatement séparer les affaires publiques de sa vie privée. Sa famille n’était pas autorisée à se rendre à son bureau, ni de se mêler des affaires de l’État. Il demandait à sa secrétaire de porter ses lettres personnelles à la poste et il payait lui-même ses timbres ! À cette époque, ses enfants étaient mariés. Le week-end, ils rendaient visite à leurs parents au Palais de l’Elysée mais « après s’être inscrits ». Autant dire que là encore les frais n’étaient jamais payés par la République, mais par eux-mêmes.

Cependant, De Gaulle connut bon nombre de soucis personnels, notamment avec sa fille, Anna, son troisième enfant. Avant sa naissance, Yvonne de Gaulle subit avec sa fille, un accident de voiture qui laissa de lourdes séquelles au cerveau de l’enfant. Le couple se mit dès lors à protéger Anna. Tous les week-ends, avec la petite fille, de Gaulle se rendait dans sa maison de campagne située dans le petit village de Colombey-les-deux-Eglises. Anna s’éteignit hélas, avant d’avoir 20 ans. «Maintenant, notre fille ressemble aux autres enfants.» Après sa retraite, Charles de Gaulle continua d’honorer Colombey-les-deux-Eglises. Chaque matin, ses pensées revenaient à sa fille en déposant un bouquet de fleurs sur sa tombe.

Charles de Gaulle mangeait simplement, sans exigences particulières. Il exigeait que la nourriture quotidienne lui soit apportée « chaude et à l’heure ». Il se plaignait rarement du goût des plats. Après les repas, il se promenait trente minutes avec sa femme dans un jardin, que ce soit le Palais présidentiel ou ailleurs. Lorsque de Gaulle marchait, il pensait et nul n’était autorisé à le déranger, «sauf en cas de guerre imminente».

Le Général de Gaulle ne fut pas seulement un homme politique aux fins stratèges militaires, il fut un merveilleux orateur. Ne prononça-t-il pas à Londres, le 23 juin 1940 un discours radiophonique qui marqua l’histoire de France ?

Charles de Gaulle maîtrisait sur le bout des doigts les subtilités de la langue de Voltaire. Paradoxalement, lorsqu’il revint au pouvoir en 1958, ses discours télévisuels furent incompris. « Vous devriez lire votre texte sans le laisser apparaître ! » lui suggéra un ami proche. « Rappelez-vous que vous vous adressez au peuple français ». Charles de Gaulle suivit non seulement son conseil à la lettre, mais se fit coacher chaque fois par un metteur en scène français.

Charles de Gaulle envisagea par la suite de reconnaître « la nouvelle Chine ». En 1962, après avoir traité la question de l’indépendance en Algérie, il considéra comme primordiales les relations diplomatiques avec ce pays. Lorsque le président Richard Nixon visita la Fondation Charles de Gaulle en 1990, il souffla à Philippe : « la politique de Charles de Gaulle à l’égard de la Chine m’a grandement influencé ». En 1969, lorsque Nixon visita la France il confia : «il faudra admettre que tôt que tard la Chine sera forte.»

Jean, le petit-fils de Charles de Gaulle rencontra son grand-père trois jours avant sa mort. Quand le « patriarche » déclara qu’il se rendrait en Chine en janvier 1971, il était plein d’enthousiasme. Parlant de Mao Zedong, de Gaulle déclara» que le président Mao était le grand homme qui avait lutté pour l’indépendance et la libération de son pays ».

À Colombey, de Gaulle craignait de ne pas pouvoir terminer ses mémoires. Il prenait ses mémoires très au sérieux, il vérifiait le moindre détail historique en téléphonant souvent à Paris. Le jour de sa mort, il vérifiait encore un fait…

Le général de Gaulle se risqua à plusieurs attentats… À maintes occasions, l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète) faillit le tuer. Ne lui reprochait-elle pas de laisser partir à la dérive (Indépendance de l’Algérie) un pays où tant de Français œuvraient ? Lors de sa traversée au petit Clamart, une balle traversa même sa voiture !

Le soir du 9 novembre, Charles de Gaulle termina son dîner. Il regarda comme d’habitude le journal télévisuel de 19 heures. Soudain, il s’effondra sur son canapé. De son vivant, il avait rédigé son testament et un exemplaire fut conservé par le Président Georges Pompidou. Le testament stipulait clairement qu’à sa mort, il serait enterré à Colombey-les-deux-Eglises, avec sa fille. Il ne souhaita pas entrer au Panthéon. Il préféra un « petit enterrement familial, sans grandes cérémonies ». Craignant que Pompidou n’exécute pas son souhait, Madame de Gaulle fit appel à son fils aîné, l’Amiral Philippe, à la base navale de Brest.

Enfin, une dernière anecdote concerne les vêtements de Charles de Gaulle. Ceux-ci furent donnés ici et là, ne laissant que sa mythique tenue militaire. Des médailles, des manteaux, des uniformes kaki portés pendant la guerre de 1940, des armures, des hauts en cuir et une canne ramenée d’Irlande, ainsi que des casquettes pare-balles et des montres automatiques furent distribués aux enfants en guise de souvenirs.

Yvonne de Gaulle confia cette toute dernière phrase : « il fut de mauvaise humeur pendant quelques années, mais il s’en est sorti. Comme vous le savez, mon époux était fort comme un roc.» Charles de Gaulle fut dévasté en 1969 par sa défaite au Référendum. Il démissionna avant la fin de son mandat. «Puisque vous, le peuple français, n’avez plus besoin de moi, je démissionne.» En octobre 1970, une semaine avant sa mort, alors que de Gaulle avait 80 ans, Philippe se promena avec lui en forêt à Colombey-les-deux-Eglises. Quand j’aurai 100 ans, Dieu m’appellera et il me dira : «Viens, viens !». Ce à quoi je lui répondais : «Il n’y a pas d’urgence, pour vous, mon père, la vie ne fait que commencer.»

Le grand homme refusa une pension présidentielle ainsi qu’une pension de Général. Charles de Gaulle vécut tout simplement sur ses droits d’auteur. À méditer…

Charles de Gaulle vu sous la plume d’ancien ambassadeur de Chine

Wu Jianmin

Ambassadeur de Chine posté en France entre 1998 et 2003, Wu Jianmin est un diplomate d’exception. Ne le considère-t-on pas comme l’un des plus fervents défenseurs de l’amitié franco-chinoise ? Il est Commandeur de la Légion d’Honneur, une décoration qui lui fut remise pour sa contribution à la coopération sino-française par le Président Jacques Chirac.

 

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