Au cœur du salon Who’s Next, le Creative Hub a pulvérisé les frontières entre inspiration et industrialisation.
Matériauthèque interactive, démonstrations de savoir-faire artisanal et focus couleurs y ont dialogué pour esquisser les futures tendances de la lingerie.
Un lieu où la fibre devient émotion, et l’innovation, tangible.
Du bio-inspiré aux fibres recyclées haute performance, en passant par les certifications responsables (algues, matériaux régénérés…), l’innovation textile n’est plus une option — elle est une nécessité esthétique et éthique.
Vanessa Causse, experte en tendances pour Interfilière Paris depuis 12 ans, nous a guidés à travers les révolutions en cours.
Les tendances vues par
Vanessa Causse

La lingerie devient-elle le nouveau terrain de jeu le plus audacieux de la mode, où l’artisanat rencontre le quotidien et où le confort devient une esthétique ?
La lingerie et le bodywear flirtent de plus en plus avec le prêt-à-porter et la mode. Cela signifie que la lingerie s’affiche davantage — elle se montre, s’affirme, et révèle des savoir-faire souvent plus artisanaux.
On observe ainsi un travail plus riche sur les matières : le velours, par exemple, fait son retour en lingerie, bien plus qu’auparavant. Cette évolution donne naissance à des pièces — lingerie fine ou bodywear — que l’on peut porter aussi bien en journée qu’en soirée, pour une sortie ou au quotidien.
L’autre grande tendance est la légèreté : les matières deviennent plus souples, plus fluides, moins structurées. On dit adieu aux coques rigides et aux épaisseurs superflues. Place aux soutiens-gorges ultra-légers, où la dentelle, délicate et précise, épouse le corps comme un tatouage éphémère sur la peau.
Pensez-vous vraiment que la lingerie doive s’afficher de plus en plus comme une pièce mode à part entière, à porter même en journée ?
Oui, et cette évolution est bien plus qu’une tendance éphémère : elle incarne une libération esthétique et fonctionnelle. La lingerie n’est plus cachée ; elle se réinvente comme un élément d’expression personnelle et d’émancipation.
Je tenais à vous présenter cette pièce, car on assiste actuellement à un véritable regain d’intérêt pour les bijoux dans l’univers de la mode — et tout particulièrement dans celui de la lingerie. Le bijou se décline d’abord à travers de petits accessoires qui viennent finaliser une bretelle, ou orner la croisée du soutien-gorge, là où l’on trouvait traditionnellement des finitions métalliques, dorées ou argentées.
On retrouve également ces détails précieux sur les maillots de bain et le beachwear, avec des accessoires — souvent en résine — conçus pour résister au soleil, aux UV et au sel de la mer.
Mais la grande nouveauté, c’est le retour en force de l’accessoire textile. Celui-ci s’invite désormais à la croisée des soutiens-gorge ou sur les côtés, apportant une touche plus chaleureuse et accueillante. Il se marie parfaitement avec les mèches, les dentelles et le satin, et s’inscrit dans cette tendance d’une lingerie toujours plus souple, fluide et délicate.
Pensez-vous que les textiles recyclés et innovants peuvent un jour rivaliser en qualité, en confort et en esthétique avec les matières traditionnelles, ou resteront-ils une alternative niche ?
Aujourd’hui, l’industrie textile fait un effort considérable pour proposer des matières innovantes et responsables. On voit émerger des textiles dont le sourcing est plus vertueux — que ce soit par le recours à l’upcycling, au recyclage ou à des fibres alternatives. Les propositions évoluent réellement.
Par exemple, ici, dans l’espace dédié aux matériaux techniques, une partie significative des innovations présentées est exclusivement conçue à base de fibres recyclées. C’est encourageant : cela prouve que la fibre recyclée peut aujourd’hui répondre à des exigences techniques variées — qu’il s’agisse de stretch, de microfibre ou même de dentelle.
Bien sûr, ces avancées restent encore timides — il faut amplifier le mouvement —, mais la dynamique est lancée. Et cela vaut aussi pour les composants comme les coques et les rembourrages de soutien-gorge, où les progrès en matière d’éco-conception sont de plus en plus tangibles. L’industrie devient peu à peu plus vertueuse.
Pensez-vous que la complémentarité entre l’innovation technique venue d’Asie et le savoir-faire artisanal européen est la clé pour une mode véritablement durable et créative ?
Pour être tout à fait honnête et juste, il faut reconnaître que l’Asie est aujourd’hui un véritable moteur en matière d’innovation textile — que ce soit dans le recyclage, les nouvelles fibres ou les certifications responsables. Les acteurs asiatiques font évoluer leur offre de manière significative.
De son côté, la France conserve un savoir-faire d’exception, notamment autour de la dentelle et du leavers — des métiers où l’excellence artisanale reste centrale.
Aujourd’hui, si une grande partie des matières techniques et de construction viennent effectivement d’Asie — et c’est une bonne chose, car cela permet à chaque industrie de développer son marché —, tous les acteurs, quel que soit leur territoire, tendent vers une production plus respectueuse.
L’Asie innove ainsi sur les fibres recyclées et multiplie les certifications exigeantes — comme ces matières à base d’algues, par exemple, qui ouvrent la voie à de nouveaux standards.
De leur côté, les Européens renforcent leur engagement écologique sur des spécialités comme la dentelle : réduction des déchets, teintures plus propres, processus plus responsables.
Finalement, chaque région apporte sa pierre à l’édifice d’une mode plus vertueuse — chacune avec ses forces, mais avec une direction commune.

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