IFA Paris 2026 : la future de la mode

 

 

Et si un vêtement pouvait révéler ce que l’œil ne voit pas ?

Le 18 septembre 2026, IFA Paris a présenté son défilé annuel autour d’un thème aussi mystérieux que contemporain : Unseen.

Sur le runway, près de 40 jeunes designers ont dévoilé leurs collections, explorant les territoires de l’émotion, de l’identité, du souvenir, de la transformation et de l’imaginaire.

Ici, le vêtement ne se contente plus d’habiller. Il raconte, suggère, révèle. Chaque silhouette devient un espace d’expression où l’invisible trouve une forme, une matière et une présence.

Invité à prendre la parole lors de cette soirée, Yann Rivoallan, président de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin, a souligné l’importance de cette nouvelle génération de créateurs et de sa capacité à faire évoluer les codes.

 

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Dans son intervention, il a également évoqué le rôle de l’engagement collectif et des nouveaux moyens d’expression, notamment les réseaux sociaux, qui permettent aujourd’hui aux jeunes générations de faire entendre leurs idées et de participer aux transformations de leur époque.

Son message rejoint finalement l’esprit du défilé : oser regarder autrement, franchir les frontières et donner une forme nouvelle à ce qui semblait invisible.

 

 

Une mode qui dépasse le visible

 

À travers des univers singuliers et des propositions personnelles, les jeunes créateurs d’IFA Paris interrogent notre manière de regarder la mode. Ce qui se cache derrière une silhouette devient aussi important que ce qui apparaît sur le podium.

Le corps, la mémoire, les émotions ou encore les mondes imaginaires deviennent des sources d’inspiration. Une approche qui rappelle que la mode est avant tout un langage, capable de transmettre une histoire sans nécessairement avoir besoin de mots.

Avec Wearing the Unseen, IFA Paris donne une scène à une nouvelle génération de créateurs qui ne cherche pas seulement à suivre les tendances, mais à inventer ses propres récits.

Entre expérimentation, émotion et imagination, les collections présentées témoignent d’une créativité libre et d’une volonté de questionner le rôle du vêtement dans notre société. Le temps d’une soirée, le runway devient un véritable laboratoire d’idées, invitant à regarder au-delà des apparences.

À l’occasion de ce défilé, nous avons rencontré Jean-Baptiste Andreani, directeur d’IFA Paris, pour évoquer sa vision de l’enseignement de la mode, l’intelligence artificielle, la durabilité et les transformations profondes de l’industrie.

 

 

Rencontre avec

Jean-Baptiste Andreani

 

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Quelle est la vision d’IFA Paris et comment préparez-vous les étudiants aux évolutions de l’industrie de la mode ?

La vision d’IFA Paris repose sur quatre piliers principaux : la multiculturalité, l’innovation technologique dans la mode, la durabilité et la proximité avec l’industrie.

La multiculturalité est depuis toujours au cœur de notre école. Nous proposons aujourd’hui des programmes en français et en anglais, ce qui permet à des étudiants de différentes cultures de travailler ensemble sur des projets communs, notamment avec des briefs proposés par des marques. C’est une véritable expérience professionnelle qui leur apprend à collaborer, à communiquer et à comprendre les différences culturelles.

Le deuxième pilier est l’innovation technologique dans la mode. Nous avons notamment lancé notre incubateur de start-up en 2019 et nous avons développé une spécialisation en entrepreneuriat de mode avec une option Fashion Tech.

Cette innovation est étroitement liée au troisième pilier : la durabilité. Nous avons une spécialisation de cinquième année consacrée à la durabilité et une Sustainability Leader qui travaille à intégrer ces enjeux dans l’ensemble de nos programmes. Nous développons également des projets concrets, comme celui réalisé avec l’École Bleue, qui nous permettra de cultiver des plantes et de travailler sur nos propres teintures naturelles.

Enfin, le quatrième pilier est notre proximité avec l’industrie de la mode. Nous travaillons aujourd’hui avec plus de 400 entreprises, aussi bien pour le placement de nos étudiants que pour des projets réalisés avec des marques. Nous collaborons également avec des salons professionnels comme Avantex et Who’s Next, ainsi qu’avec le salon Prototype.

À travers toutes ces initiatives, notre objectif est d’ouvrir le champ des possibles aux étudiants. La mode ne se limite plus aux maisons de mode : elle se développe également dans la technologie, l’entrepreneuriat, l’artisanat, la durabilité et de nombreux autres secteurs. Nous voulons donner à nos étudiants les outils et l’expérience nécessaires pour construire leur propre avenir dans cette industrie en pleine transformation.

 

Comment l’éducation et la formation peuvent-elles permettre aux étudiants d’utiliser l’intelligence artificielle comme un outil complémentaire, tout en préservant leur esprit critique, leur créativité et leur autonomie ?

L’éducation humaine reste centrale dans le développement et l’utilisation de l’intelligence artificielle. Dans nos enseignements, nous cherchons d’abord à faire comprendre aux étudiants que l’IA est avant tout un outil. Elle n’a pas de conscience et ne peut pas agir de manière autonome comme un être humain.

Nous enseignons également une utilisation éthique et responsable de l’intelligence artificielle. Cela passe notamment par l’apprentissage du prompt engineering, c’est-à-dire la manière de formuler des instructions précises afin d’obtenir des réponses pertinentes et efficaces de la part de l’IA.

Cependant, les résultats produits par l’IA ne constituent pas une finalité en soi. Ils représentent plutôt un point de départ. Par exemple, dans le travail d’un designer ou d’un spécialiste du marketing, l’IA peut proposer des idées, des concepts ou des designs, mais l’intervention humaine reste essentielle pour les analyser, les modifier, les vérifier et les adapter.

Même avec le développement des IA génératives capables de créer des designs ou des patrons, nous aurons toujours besoin de l’expertise humaine pour évaluer la pertinence des résultats et prendre les décisions finales.

En conclusion, la peur de voir l’intelligence artificielle remplacer l’être humain est avant tout une inquiétude humaine. L’IA ne remplacera véritablement l’être humain que si nous lui laissons progressivement cette place, sans conserver notre capacité à réfléchir, vérifier et décider.

 

 

On parle beaucoup de la responsabilité des consommateurs face à la surproduction. Où situez-vous aujourd’hui les principales responsabilités ?

Je pense que, lorsqu’on parle de surproduction, on a déjà tendance à stigmatiser certains pays et certaines marques. Or, si on va un peu au-delà de la seule question de la surproduction et qu’on s’intéresse plus largement à la production, on a vu, l’année dernière et même l’année précédente, un certain nombre de scandales impliquant de grandes maisons de luxe.

Certaines avaient notamment recours à des unités de production en Europe qui ne respectaient pas les réglementations, que ce soit en matière de durabilité ou de droit du travail. Je pense donc que, dans un premier temps, il faut élargir le débat et arrêter de stigmatiser systématiquement certaines entreprises ou certaines marques en particulier. Pour moi, c’est la base de la réflexion.

Il faut également prendre conscience d’une réalité économique : les marques travaillent avec un objectif de rentabilité, et cette rentabilité est notamment destinée à servir les intérêts de leurs actionnaires. La question est donc de savoir comment rééquilibrer la relation entre les attentes des actionnaires et ce que la planète peut réellement supporter.

À mon avis, c’est là que se situe un enjeu majeur. Est-ce que les actionnaires d’une marque ou d’un groupe sont prêts à accepter une baisse de leurs dividendes parce que l’entreprise décide de ralentir une production qui ne peut pas croître indéfiniment ? C’est une question fondamentale.

Et puis, il y a aussi la question du consommateur et de la manière dont on lui parle. Il faut arrêter de culpabiliser systématiquement le client.

En France, notamment dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat et d’inflation, on ne peut pas simplement dire à des familles qui souhaitent faire plaisir à leurs enfants qu’elles ne devraient pas acheter de produits de fast fashion, qu’il faudrait davantage éduquer leurs enfants ou qu’il serait préférable d’acheter un jean à 150 ou 200 euros qui pourrait être porté pendant plusieurs années.

Parce que, dans les faits, ces jeunes ne sont pas nécessairement intéressés par l’idée de porter le même jean pendant cinq ou six ans. Ils sont constamment exposés aux tendances et à la nouveauté, et cette dynamique influence profondément leurs comportements de consommation.

La question de la durabilité et, plus largement, de l’avenir de la mode doit donc aussi nous amener à parler de la responsabilité des influenceurs et des plateformes de médias sociaux. Ces acteurs contribuent à accélérer le renouvellement des tendances et à pousser constamment de nouveaux produits auprès des consommateurs.

Ils jouent ainsi un rôle important dans la construction des comportements et des aspirations des jeunes générations, qui peuvent avoir le sentiment qu’il faut constamment être à la pointe de la tendance, alors même qu’elles n’ont pas nécessairement besoin de tous ces nouveaux produits.

 

La fast fashion est souvent pointée du doigt pour son impact environnemental. Mais le modèle de la mode de luxe, avec ses nombreuses collections et ses nouveaux drops, est-il réellement plus durable ?

C’est problématique, mais, de la même façon, une maison de luxe qui propose quatre à cinq collections par an, c’est problématique aussi, n’est-ce pas ?

Aujourd’hui, on sait qu’il existe les cruise collections, des drops spécifiques, et toujours plus de collections proposées par certaines marques de luxe. C’est ce que je vous disais au début de l’interview : je pense qu’il est important de ne pas stigmatiser.

Est-ce qu’il y a un problème avec la fast fashion ? Oui, effectivement. Mais nous avons aussi les capacités, aussi bien techniques que créatives, de recycler les matériaux et d’upcycler les deadstocks. C’est pour cela qu’à IFA Paris, nous associons toujours l’innovation technologique à la durabilité.

L’intelligence artificielle, par exemple, peut être particulièrement utile pour analyser certains deadstocks et permettre aux marques d’identifier des pistes pour les réutiliser, afin de réintroduire ces matériaux dans le cycle de production et, de cette façon, de réduire notre empreinte carbone.

Donc oui, effectivement, il faut faire évoluer nos modes de consommation. Les marques de fast fashion doivent réfléchir à leur empreinte carbone. Mais, comme je vous le disais tout à l’heure, c’est avant tout tout un écosystème d’acteurs qui doit être sensibilisé et prendre conscience que chacune de ses actions a un impact sur l’augmentation de notre empreinte carbone.

 

 

Interview: Wendy

Rédaction: Hervé

Photo: Yann

 

 

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