Au sein de Première Vision Paris, le pavillon « Textiles de France », proposé par l’Union des Industries Textiles (UIT) et son réseau, rassemble une sélection de matières et de créations issues d’entreprises françaises.
L’espace présente plusieurs facettes de la filière textile française, des savoir-faire développés depuis plusieurs générations aux matières techniques et aux nouvelles fibres destinées aux secteurs de la mode, du sport et de la performance.
Dentelles et soieries, tweeds fantaisie, jacquards aux motifs emblématiques, mais aussi textiles techniques et matières innovantes composent cet ensemble. Ils illustrent la diversité des productions et des métiers présents dans l’industrie textile française.

Un textile français tourné vers l’innovation
À côté des textiles patrimoniaux et premium sont présentées des matières techniques et innovantes : textiles recyclés, biologiques et éco-performants.
Ces innovations trouvent des applications dans des univers très différents. Elles témoignent d’une évolution profonde du secteur textile : aujourd’hui, la matière doit non seulement être esthétique, mais également répondre à des critères de performance, de fonctionnalité et de responsabilité.
Cette complémentarité entre tradition et innovation, créativité et performance, savoir-faire et recherche constitue l’une des forces du textile français.
Anna Franquesa, experte en tendances et en prospective dans les secteurs de la mode et du textile, et représentante de l’industrie textile française auprès de Première Vision, accompagne depuis plusieurs années les professionnels dans l’analyse des évolutions des matières, des couleurs et des savoir-faire. Elle partage son regard sur les nouvelles fibres et les recherches qui façonnent aujourd’hui le textile français.

Pourriez-vous nous présenter les nouveautés en matière de tissus Made in France ?
Il s’agit avant tout de mieux comprendre et d’explorer les nouvelles matières d’origine naturelle. Cela concerne notamment les teintures à base de plantes, mais aussi de nouveaux mélanges de fibres.
On retrouve bien sûr le 100 % mérinos, mais également de nombreuses compositions à base de laine. L’objectif est de redonner à cette fibre toute son importance, mais aussi, plus largement, de valoriser l’ensemble des fibres naturelles.
Ainsi, aux côtés du 100 % lin, de nouvelles matières font l’objet de recherches et d’expérimentations, comme le kapok, le ramie, l’ortie ou encore le chanvre. Ces fibres suscitent aujourd’hui un intérêt croissant auprès des tisseurs français, qui cherchent à développer de nouvelles applications et de nouvelles associations.
Nous nous intéressons également aux performances des nouvelles générations de viscose, notamment l’EcoVero et le Lyocell, qui constituent des alternatives plus responsables à la viscose traditionnelle.
L’enjeu est donc d’explorer toutes ces possibilités et de mieux comprendre comment ces différentes matières peuvent être utilisées, combinées et développées afin de répondre aux enjeux des textiles de demain, tout en valorisant les savoir-faire et l’innovation de la filière française.
Les fibres recyclées sont-elles aujourd’hui devenues une nouvelle tendance chez les tisseurs français ?
Oui, nous avons de nombreuses nouveautés qui se développent autour des fibres recyclées. Il y a notamment le polyester recyclé, qui est aujourd’hui largement utilisé par nos tisseurs, mais aussi le polyamide recyclé.
Nous travaillons également avec des fibres innovantes et des matières issues de procédés de recyclage, comme Ossiqual ou New Life, notamment fabriquées à partir de bouteilles en plastique recyclées.
Nous développons aussi des mélanges intégrant du coton recyclé et du polyester recyclé. L’objectif est notamment d’améliorer la solidité du coton recyclé grâce à l’apport du polyester, afin d’obtenir des tissus plus résistants et plus durables.
Ces mélanges peuvent être utilisés dans de nombreuses applications. On peut notamment les retrouver dans nos jacquards, où nous incorporons du polyester recyclé dans la chaîne afin d’apporter davantage de résistance au tissu.
L’utilisation de fibres recyclées est donc devenue un élément très important. Pour de nombreux tisseurs, elle tend désormais à devenir une composante presque incontournable de la création textile.

Le Made in France comme source de création
Invité créateur de cette édition de Première Vision Paris, Alexis Mabille porte un regard particulièrement attentif sur les savoir-faire français. Pour le créateur, l’importance du Made in France tient notamment à la richesse et à la diversité des métiers d’art qui continuent de nourrir la création contemporaine. La dentelle en est un exemple emblématique.

« Le Made in France, oui, c’est important, notamment parce qu’il existe une très grande tradition de dentelle en France, avec notamment la dentelle de Calais.
Il y a aussi, dans d’autres pays, de très beaux types de dentelles, chacun ayant ses propres spécialités. Mais c’est vrai que le spectre des différents types de dentelles en France est très large. Nous avons également des artisans merveilleux, qui réalisent des choses vraiment très belles.
C’est justement là que c’est intéressant pour nous. Nous sommes forcément une marque française, donc nous essayons de privilégier au maximum les produits et les savoir-faire français. Et comme nous travaillons avec des partenaires qui sont proches géographiquement, cela nous permet aussi d’échanger facilement avec eux et de développer plus facilement de nouveaux produits. »
Le potentiel pour les créateurs chinois
Une nouvelle génération de créateurs et de marques chinoises haut de gamme se développe aujourd’hui, avec l’ambition de construire des identités créatives propres.
Dans cette évolution, les savoir-faire textiles français constituent un point de référence, notamment dans les domaines où la maîtrise technique et la qualité des matières occupent une place importante dans le processus de création.
La dentelle, la broderie, la soie, le jacquard, les tissus d’exception ou encore certains textiles techniques correspondent à des compétences développées au fil des générations par des entreprises et des ateliers français. Pour les créateurs chinois qui souhaitent développer des collections haut de gamme, ces savoir-faire peuvent ouvrir de nouvelles possibilités, tant dans le choix des matières que dans la réalisation des pièces.

L’intérêt ne se limite toutefois pas à l’utilisation de matières ou de composants français. Il peut également prendre la forme de collaborations et de projets de co-création. Une marque chinoise peut apporter son univers esthétique, ses références culturelles et sa connaissance des marchés asiatiques, tandis qu’un fabricant ou un atelier français apporte son expertise technique, sa connaissance des matières et des procédés de fabrication.
Le développement d’un tissu, d’une broderie, d’une dentelle ou d’une finition spécifique peut ainsi devenir un travail commun. Cette relation dépasse alors le simple rapport entre fournisseur et client pour créer un échange autour du développement du produit, de la recherche textile et des choix créatifs.

Pour les créateurs chinois comme pour les entreprises françaises, cette rencontre peut ainsi ouvrir un espace de dialogue entre savoir-faire, innovation et cultures créatives différentes.
Le Made in France devient alors moins une simple indication d’origine qu’un ensemble de compétences et de ressources susceptibles d’entrer dans de nouveaux processus de création.

Interview: Wendy
Rédaction: Hervé
Assistantes: Maria, Lisa
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