Rencontre : Christelle Le Hir

 

 

 

Le 28 août, les Universités d’Été de l’Économie de Demain ont inauguré un nouveau rendez-vous consacré à un enjeu majeur de notre société : l’Université de l’Alimentation de Demain.

Le secteur alimentaire français occupe une place essentielle dans l’économie nationale. Il représente près de 15 % du PIB, soit 358 milliards d’euros, et près de 3 millions d’emplois. Mais au-delà de son poids économique, l’alimentation se trouve aujourd’hui au croisement de plusieurs enjeux majeurs : santé publique, environnement, agriculture et souveraineté alimentaire.

Seul label public interdisant l’utilisation de pesticides chimiques de synthèse, le bio entend répondre à ces défis dans le cadre d’une approche globale, fondée notamment sur le principe « One Health », qui considère que la santé humaine, la santé animale et celle des écosystèmes sont intimement liées.

À l’occasion de cette première Université de l’Alimentation de Demain, La Maison de la Bio, en partenariat avec le Mouvement Impact France, a placé au cœur des échanges une question essentielle : « La santé publique a-t-elle besoin de plus de bio ? »

À l’issue de cette table ronde, Airs de Paris a rencontré Christelle Le Hir, coprésidente de La Maison de la Bio et présidente du directoire de La Vie Claire.

 

 

Rencontre avec

Christelle Le Hir

 

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Quelle est votre vision de l’alimentation de demain ?

 

Ma vision est assez claire : nous devons atteindre au minimum 12 % de produits bio consommés, contre environ 6 % aujourd’hui.

Nous faisons de plus en plus le lien entre notre santé et notre alimentation. Pour nous, le bio constitue l’une des réponses importantes à cet enjeu : moins de pesticides, moins d’ultra-transformation et une alimentation qui accorde davantage d’importance à la qualité des produits.

Je suis convaincue que l’avenir de l’alimentation sera bio. C’est précisément pour cette raison que nous portons cet engagement avec La Maison de la Bio.

 

 

Comment soutenir concrètement la production et la consommation de produits bio en France ?

 

Avant même de parler de consommation, il faut parler de production. Nous devons d’abord protéger et soutenir la production biologique française.

Pour cela, le gouvernement doit accompagner les producteurs, notamment à travers des aides nationales, mais aussi grâce aux politiques européennes. C’est une priorité.

Il faut ensuite respecter les objectifs de consommation qui existent, notamment dans le cadre du SNANC en France. Celui-ci fixe des objectifs en matière de consommation de produits biologiques, aussi bien pour les consommateurs que pour la restauration collective, la restauration commerciale et, notamment, les cantines.

Le rôle du gouvernement est donc également de légiférer et de faire respecter ces objectifs. Il faut permettre aux collectivités d’atteindre au minimum 20 % de produits bio, avec des objectifs adaptés selon les catégories de produits.

Au final, les pouvoirs publics ont un rôle essentiel à jouer. Cela passe par une véritable mobilisation politique, mais aussi par la mise en place de lois et de dispositifs permettant de faire respecter les objectifs fixés et de soutenir durablement la filière biologique française.

 

 

Quelle place le bio français et européen doit-il occuper face au marché mondial ?

 

Le bio est aussi européen, puisque tous les produits biologiques cultivés en Europe répondent au même cahier des charges. Nous avons déjà beaucoup de travail à accomplir à l’échelle française et européenne.

Aujourd’hui, nous ne sommes qu’à environ 6 % de consommation de produits bio. J’ai envie de vous dire que lorsque nous atteindrons 50 % de consommation bio en France et en Europe, nous pourrons aller voir la Chine, le Japon ou d’autres pays pour essayer de développer davantage la consommation de produits biologiques.

Mais avant d’avoir une véritable vision mondiale, nous avons déjà énormément à faire ici, en France et en Europe.

Le développement du bio est complexe, notamment parce qu’il implique des contraintes et le respect de cahiers des charges précis. C’est également une production qui reste un peu plus chère que le conventionnel.

Nous devons donc commencer par nous concentrer sur le marché national et européen, avant d’envisager une véritable dimension mondiale.

De notre côté, nous sommes avant tout attachés au bio français et nous privilégions une production locale, avec le moins possible d’importations en provenance du reste du monde.

L’objectif est donc de construire d’abord une filière bio française solide, accessible et durable, avant de chercher à la développer davantage à l’international.

 

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Rendre le bio plus accessible

 

Cette première Université de l’Alimentation de Demain a ouvert une réflexion essentielle sur la place que le bio doit occuper dans les politiques publiques et dans nos habitudes alimentaires. Une ambition se dessine : rendre les produits biologiques plus accessibles et développer leur consommation, tout en renforçant une production française et européenne capable de répondre durablement à cette demande.

Pour La Maison de la Bio, l’enjeu s’agit de faire du biologique un véritable levier de transformation du système alimentaire, en agissant de manière cohérente sur la santé, la protection de l’environnement, l’évolution des pratiques agricoles et les modes de consommation.

Au-delà des chiffres et des parts de marché, la question posée est finalement celle d’un véritable choix de société : quelle alimentation voulons-nous pour demain, et quelle agriculture sommes-nous prêts à soutenir pour la produire ?

Rendre le bio plus accessible, c’est donc aussi réfléchir à la manière dont nous voulons produire, consommer et transmettre notre modèle alimentaire aux générations futures.

 

 

 

Interview: Wendy

Rédaction: Hervé

Photo: Charles

 

 

 

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