Le 15 et 16 avril 2026, Fashion Act a réuni marques, industriels et institutions autour d’un constat désormais partagé : la transformation de l’industrie de la mode n’est plus une option stratégique, mais une réalité opérationnelle qu’il devient urgent d’accélérer.
Le secteur traverse une période de mutations profondes et entre dans une nouvelle phase. En Europe, la pression réglementaire s’accentue. Les chaînes de valeur mondialisées se fragilisent. Les ressources sont sous tension, et les contraintes environnementales se multiplient.
Dès lors, la question n’est plus seulement pourquoi transformer la mode, mais comment engager cette transformation de manière concrète et collective. C’est précisément l’ambition de Fashion Act, un événement professionnel conçu comme un accélérateur de transition pour toute la filière.
Né du constat d’une transformation encore trop lente et fragmentée, Fashion Act s’impose comme un espace tiers visant à fluidifier les échanges entre les différents acteurs de la chaîne de valeur.
Comme l’explique Arthur Grout, CEO de COSE361, agence organisatrice de l’événement :

« COSE361 accompagne les entreprises dans leur transformation face aux enjeux de durabilité. Mais nous avons rapidement constaté que l’accompagnement individuel ne suffisait pas à créer une dynamique de changement à la hauteur des défis. Il fallait créer un espace collectif.
C’est dans cette logique qu’est née, il y a trois ans, la plateforme Fashion Act, qui tient aujourd’hui sa troisième édition. Son objectif est clair : réunir, dans un même cadre, experts, solutions innovantes et marques afin de favoriser le partage de connaissances, l’inspiration et, surtout, le passage à l’action. »
Une plateforme d’intelligence collective
Plus qu’un simple événement, Fashion Act se construit comme une véritable plateforme d’intelligence collective, structurée autour de plusieurs dimensions complémentaires.
Des conférences permettent de décrypter les grandes mutations du secteur : évolution des réglementations européennes, transformation des modèles économiques, circularité, gouvernance ou encore prospective. L’enjeu est d’apporter des clés de lecture dans un environnement en mutation rapide.
En parallèle, l’événement fédère un écosystème élargi, marques, institutions publiques, experts, acteurs technologiques et industriels, dans une logique de coopération concrète.


Vers une mode plus transparente
Au cœur des discussions, la question de la mesure de l’impact environnemental s’impose comme un levier structurant. Dans un secteur longtemps dominé par la vitesse et la fragmentation, cette dynamique marque un tournant décisif : celui d’une mode qui ne se contente plus d’afficher des engagements, mais qui cherche à les mesurer, les piloter et les démontrer.
Marion Beurton-Rubert, responsable sourcing, souligne cette évolution progressive des pratiques :

« Dans le développement de nos marques propres, notamment dans l’habillement et la maison, les enjeux de durabilité sont intégrés depuis plusieurs années. Dès la conception, chaque produit répond à un cahier des charges précis : matières recyclées, coton biologique, certification Oeko-Tex, procédés de lavage économes en eau. Cette démarche s’inscrit désormais dans une logique de transparence accrue, avec des informations environnementales rendues visibles pour le consommateur. »
Le défi de la lisibilité
Si les outils d’évaluation environnementale gagnent en maturité, un défi majeur demeure : leur lisibilité, tant pour les professionnels que pour le grand public.
L’introduction de dispositifs comme l’affichage environnemental français, appelé à s’étendre et à s’harmoniser à l’échelle européenne, ouvre de nouvelles perspectives. Mais elle soulève une question essentielle : comment rendre accessibles des données complexes, sans en perdre la rigueur ni le sens ?
Pour mieux décrypter ces enjeux, Airs de Paris a rencontré Vincent Colomb, coordinateur de l’affichage environnemental à l’ADEME.

Comment comprendre l’évolution des réglementations ?
Le secteur connaît actuellement une transformation rapide, largement portée par l’évolution des cadres réglementaires, lesquels incitent les entreprises et les institutions à accélérer leurs engagements en matière de transition écologique.
Dans ce contexte, une dynamique collective s’impose progressivement, dans la mesure où les acteurs ne peuvent plus avancer de manière isolée et sont désormais amenés à mutualiser leurs réflexions, leurs ressources et leurs investissements afin de répondre efficacement aux nouvelles exigences.
Cette coopération apparaît d’autant plus nécessaire que la transition représente un coût significatif, ce qui renforce l’intérêt de démarches collectives permettant à la fois de rationaliser les dépenses, d’optimiser les processus et de gagner en efficacité.
Comment l’ADEME contribue-t-elle à clarifier la compréhension des réglementations ?
L’affichage environnemental français ayant pris une certaine avance sur les cadres réglementaires européens en cours de construction, des incompréhensions peuvent aujourd’hui émerger entre les exigences nationales et les orientations à l’échelle de l’Union européenne.
Dans ce contexte, les acteurs du secteur se trouvent parfois confrontés à une pluralité de référentiels dont l’articulation peut s’avérer complexe, tant sur le plan technique que stratégique.
Pour répondre à cet enjeu de lisibilité, l’ADEME joue un rôle d’accompagnement et de clarification, notamment à travers sa participation à des événements tels que Fashion Act, où elle intervient aux côtés des institutions européennes afin d’expliciter les dispositifs en cours, d’en présenter les logiques et d’en souligner les complémentarités.
L’objectif est ainsi de faciliter l’appropriation de ces cadres par les acteurs économiques, tout en accompagnant la convergence progressive des réglementations vers un socle commun plus cohérent et harmonisé.
Quels sont les éléments pris en compte dans l’affichage environnemental ?
L’affichage environnemental constitue un dispositif visant à mesurer et à rendre visible l’impact des produits, qu’il s’agisse de vêtements ou, plus largement, de biens de consommation, en s’appuyant sur une analyse détaillée de leur cycle de vie.
Cette évaluation repose sur plusieurs indicateurs clés, parmi lesquels la consommation d’énergie, l’utilisation de l’eau ou encore les impacts sur la biodiversité, chacun étant analysé à chaque étape de la vie du produit.
Le calcul mobilise ainsi une grande diversité de paramètres, incluant la nature des matières premières, les pays de fabrication, les différentes étapes de transformation, les distances parcourues, les modes de transport ainsi que les types d’emballages utilisés.
L’enjeu consiste dès lors à traduire cette complexité en une information intelligible et pertinente, capable d’éclairer les choix des consommateurs sans en simplifier excessivement les implications.
Comment les marques calculent-elles cet impact ?
Les marques sont tenues de renseigner un ensemble de données relatives à leurs produits, incluant notamment leur composition, l’origine des matières premières, les lieux et les étapes de transformation, ainsi que certaines caractéristiques des procédés de fabrication.
Ces informations sont ensuite croisées avec des bases de données d’impact environnemental, dites « génériques », mises à disposition par les autorités publiques à l’échelle nationale et européenne, permettant d’estimer les impacts associés à différentes matières ou processus de production.
L’ensemble des données est agrégé afin de produire une évaluation globale de l’impact environnemental du produit, couvrant des dimensions telles que le climat, l’eau ou encore l’utilisation des ressources.
Dans la pratique, cette démarche reste relativement accessible pour les marques, dans la mesure où elle s’appuie en grande partie sur des données déjà disponibles au sein de leurs systèmes de production et de traçabilité.
Quel rôle joue la sensibilisation des consommateurs ?
La transition du secteur de la mode repose en grande partie sur le développement de l’éco-conception, qui consiste à intégrer les enjeux environnementaux dès la phase de conception des produits, en privilégiant des matières plus durables, des procédés optimisés et des chaînes d’approvisionnement repensées.
Dans ce cadre, la sensibilisation des consommateurs joue un rôle déterminant, en leur permettant de mieux comprendre les impacts des produits et, par conséquent, d’orienter leurs choix vers des options plus responsables.
Cette interaction entre une offre plus vertueuse et une demande plus informée constitue un levier essentiel de transformation, contribuant à faire évoluer l’ensemble du secteur vers des modèles plus durables.
La Chine est-elle engagée dans la transition ?
La Chine occupe aujourd’hui une position centrale dans la transition énergétique mondiale, en étant notamment le premier investisseur dans le développement des énergies renouvelables.
Cette dynamique illustre le caractère global des enjeux environnementaux, dans un contexte où chaque pays met en œuvre des stratégies propres, tout en participant à une transformation plus large des systèmes énergétiques et économiques.
Pourquoi l’évaluation de l’impact devient-elle incontournable ?
L’évaluation de l’impact environnemental des produits s’impose progressivement comme un enjeu central pour les marques, notamment dans un contexte où la transparence devient une attente croissante de la part des consommateurs et des régulateurs.
Même lorsque les marques ne réalisent pas directement ces évaluations, des acteurs tiers peuvent proposer des estimations, notamment à travers des applications destinées au grand public, bien que celles-ci restent généralement moins précises que les analyses fondées sur des données internes.
À terme, l’ensemble des produits commercialisés pourrait faire l’objet d’une évaluation environnementale, marquant ainsi une évolution majeure vers une transparence accrue et une meilleure information des consommateurs.
Interview: Wendy
Rédaction: Hervé
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