Franck Sorbier

Franck Sorbier est un grand couturier français qui fait partie du cercle restreint des dix couturiers officiellement reconnus par la Fédération française de la Haute-Couture. Soucieux de pérenniser la Haute-Couture et son savoir faire, il se considère comme un « couturier technicien », à l’image des maîtres d’art avec lesquels il travaille.

A Paris, l’atelier de Frank Sorbier est l’exemple vivant du savoir faire artisanal. Avec humilité et rigueur, le grand couturier s’active telle une abeille dans la ruche, tout en geste et professionnalisme. A ses yeux, la couture est une expression culturelle à part entière. Depuis ses débuts, il s’y adonne et son exercice est libre et lucide. Avec Isabelle Tartière, son épouse, sa collaboratrice et partenaire, « l’auteur à main levée de ses dessins », tous deux forment un tandem parfait. Les présentations des collections qu’ils orchestrent depuis janvier et juillet 1999 sont de purs moments de poésie et de grâce. Comment davantage étonner, émerveiller, faire rêver ? Ses collections très différentes des autres couturiers sont la quintessence même de la création et de la beauté. Il n’est donc pas étonnant que le ministère de la Culture l’ait fait Chevalier des Arts et des Lettres. En 2005, Franck Sorbier est labellisé « Grand Couturier » par l’ensemble de ses pairs et du ministère de l’Industrie. Parallèlement il se voit décerné une distinction par l’ensemble des  dentelliers européens pour son travail d’orfèvre ! En 2010, le ministère de la Culture et de la Communication le nomme « Maître d’Art ». De fil en aiguille, Frank Sorbier évolue sans cesser d’inventer, d’imaginer, de créer les plus incroyables pièces de Haute-Couture. Les matières qu’il travaille restent simples, précieuses, toujours nobles. La dentelle bouillonne ou se cisèle, le tulle se froisse ou se cloque, le crin s’ébouriffe, la soie se presse et se compresse. C’est aussi ça depuis ses débuts, la « signature » de Franck Sorbier !

Comment trouvez-vous votre inspiration à chaque saison ?

Cela change toujours et c’est ce qui me plaît ! Quand on est couturier ou créateur au sens large du terme, on s’inspire de l’air du temps. On sent ce qui nous touche, qui peut se passer, on exprime aussi ses idées, des messages personnels. Dans un premier temps, je pourrais dire qu’il s’agit simplement d’un sentiment, des flashs, puis viennent des images qui fixent des envies. En ce qui me concerne, je suis assez prolifique, je peux avoir des envies complètement différentes, mais la décision se doit de tomber à un moment. L’idée c’est de se fixer sur une histoire et de la raconter.

Comment précisément la raconter ? Quel thème choisir et comment le construire ?

Je répondrai simplement : au fur et à mesure ! Certaines images fortes reviennent et semblent évidentes même si elles ne sont qu’intuition. Je fais fonctionner mon instinct ! Pour moi, l’idée est de confirmer des intuitions de différentes manières. C’est ma volonté d’évoluer dans un travail éternellement en quête de nouveauté. Le but d’un couturier et d’un créateur est de trouver sa propre écriture, sa façon de s’exprimer doit être

reconnaissable. Savoir rester fidèle à cette écriture est une chose mais savoir évoluer en est une autre pour éviter de tourner en rond. Je considère que la Haute-Couture est différente de la mode : le vêtement de qualité nécessite beaucoup d’heures de travail et doit rester intemporel. La mode est quelque chose que l’on consomme, qui est de passage, on n’en aura plus forcément envie dans six mois. Ma vision est différente, c’est la raison pour laquelle j’ai choisi la Haute-Couture.  Ce qui me gène  dans le prêt à porter aujourd’hui, c’est que si on enlève le nom sur une photo, on ne reconnait pas le créateur du vêtement. Souvenez-vous

dans les années 80, on pouvait reconnaître le créateur, à l’exemple du

japonais, Issey Miyake. Bon nombre de couturiers en prêt à porter ont été copiés par les nouvelles générations. Aujourd’hui, sont énormément de marques et tout le monde fait plus ou moins la même chose. Pour moi, dans ce monde, il n’y a pas d’idée mais seulement des tendances, des effets de mode.

La Haute-Couture a plus de cent ans. Comment voyez-vous son avenir ?

Il me semble qu’actuellement, on a affaire au renouveau de la Haute-Couture. Bon nombre de jeunes couturiers décident de se lancer. L’univers fait en effet rêver, il fascine… Il faut valoriser au plus haut niveau nos métiers d’art, notre culture française. La Haute-Couture existe à Rome et à Paris, elle fut paradoxalement inventée par un britannique sous le second empire. Il habillait l’impératrice Eugénie ! La bourgeoisie suivait le mouvement puis vint « l’ère industrielle »… Je suis heureux d’un retour pour la Haute-Couture comme métier d’art et artisanat d’art. Je pense aussi à la notion artistique de « pièce unique ». Dans notre atelier, en tout cas, on fonctionne comme ça : toutes nos pièces sont uniques. Soit on invente une nouvelle robe, soit la cliente achète le prototype. Mais on ne fait pas de petit-frère ou de petite-sœur de vêtements présentés. Le désir de créer perpétuellement s’ajoute au bonheur d’une cliente qui porte une pièce en exclusivité.

Toutes vos pièces sont faites ici par vous-même dans ce magnifique atelier ?

Je continue de coudre à la machine. C’est très important pour moi, car c’est là que le travail artisanal naît. Isabelle s’occupe de tout ce qui est dentelle. Certaines personnes viennent nous aider pour certaines pièces. Tout ce qui est dentelle se fait à la main sur le mannequin. Nous travaillons sans patronage, sans toile, nos vêtements se font de A à Z de façon totalement libre.

La Haute-Couture est-elle rentable ?

La Haute-Couture signifie que les vêtements sont exceptionnels et les Medias le savent et l’encouragent. Il est vrai que l’on ne peut en vivre complètement aujourd’hui en France. Le but est donc de véhiculé un nom, une réputation. D’autres produits se font grâce à l’image transmise. Cela peut être des costumes de scène pour des opéras, des vêtements que portent des chanteurs, des acteurs de théâtre, ou encore des choses plus industrielles. La Haute-Couture est une activité visible.

Suivez-vous les tendances ?

Comme je l’ai dit : non, pas vraiment ! A partir du moment où l’on a trouvé sa propre écriture, son propre style, on suit son idée. Je me souviens qu’un jour quelqu’un m’a dit : dans la vie, on a qu’une seule idée et on la poursuit sans relâche. L’idée est aussi de la faire évoluer dans l’air du temps c’est ainsi que l’on progresse. L’idée c’est encore de garder un peu de fraîcheur pour se renouveler. J’aime regarder tout autour pour voir ce qui se passe car on ne fait plus des robes de Haute-Couture comme il y a vingt, trente ou cinquante ans. Dès lors qu’on décide de créer une marque à son nom, le but est de se différencier des autres et de perdurer.

Revient-on aux tendances Vintage ?

C’est vrai que l’on a tendance à se raccrocher au passé. Peut être que la nouveauté se trouve davantage dans des associations que dans la création à proprement parler ? On a l’impression que tous les vêtements sont des vêtements de boutiques « vintage » qui changent de détails, la même chose avec d’autres tissus plus « tendance ». Où se trouve dans ce cas « la force créative des belles années » ? Internet, l’actualité sur le web y est sûrement pour quelque chose… On vit une forme de saturation… Il y a Twitter, Instagram, Facebook… Cela fait énormément d’informations non-stop. Tout tourne vite, les gens doivent s’adapter et ce n’est pas évident. Il y a des moments l’on aimerait tout oublier, être neuf pour mieux créer.

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