Le sens du « Made in France » : entre éthique et consommation

 

 

Le MIF Expo – Salon du Made in France se tient du 6 au 9 novembre 2025 au Parc des Expositions de Paris – Porte de Versailles.

Sur le plateau TV du salon, les échanges ont porté sur les grands enjeux du Made in France : durabilité, souveraineté économique, relance industrielle et innovation responsable.

Parmi les discussions les plus suivies figurait un thème particulièrement sensible : « SHEIN : peut-on lutter ? »

Cette question faisait écho à l’installation de SHEIN au BHV Marais, le 5 novembre, dans l’un des grands magasins emblématiques de Paris — une ouverture qui a suscité un vif débat.

Souvent critiquée pour son modèle économique reposant sur la surconsommation et des coûts de production très faibles, la marque chinoise se retrouve aujourd’hui au cœur d’une réflexion de fond sur les valeurs, les pratiques et l’avenir de l’industrie textile en France.

 

Made in France 2

 

Autour de la table, plusieurs intervenants, tels que Nicolas Bonnet, adjoint à la Maire de Paris chargé de la mode , Gilles Attaf, président d’Origine France Garantie, ou encore Olivier Ducatillon, président de l’Union des Industries Textiles, ont partagé leurs analyses.

Le débat a mis en évidence deux approches distinctes : d’un côté, une économie locale fondée sur la qualité, la responsabilité sociale et la durabilité ; de l’autre, une logique de marché mondialisée reposant sur la recherche du prix le plus bas et une production à grande échelle.

Au-delà de la polémique commerciale, cette confrontation invite à une réflexion plus large : quelle place accorder à la consommation responsable, à la production éthique et au soutien des filières locales dans l’économie de demain ?

Plus qu’un simple label, le « Made in France » apparaît désormais comme un enjeu de société, à la croisée des dimensions économiques, environnementales et culturelles.

Nicolas Bonnet, adjoint à la Maire de Paris chargé de la mode et du commerce, est un fervent défenseur de la mode durable. À l’issue du débat, Airs de Paris a pu s’entretenir avec lui…

 

 

Rencontre avec

Nicolas Bonnet – Oulaldj

 

Made in France 3

 

 

Le cas SHEIN nous amène-t-il à repenser notre modèle économique ?

Absolument. Derrière le modèle économique de SHEIN, se cache une question universelle : celle de la dignité humaine. Ce n’est pas seulement un sujet chinois — c’est une réalité qui touche aussi le Bangladesh, l’Inde ou d’autres pays producteurs.

L’Organisation internationale du travail (OIT) fixe des règles claires en matière de droits des travailleurs. Ces règles doivent s’appliquer partout : chaque ouvrier, quel que soit son pays, doit pouvoir travailler dans des conditions décentes, être payé correctement et respecté dans sa dignité.

 

Au-delà de l’éthique sociale, la fast fashion pose aussi un problème environnemental ?

Tout à fait. L’impact écologique de la fast fashion est colossal. SHEIN, ce sont des dizaines d’avions cargo qui décollent chaque jour pour livrer des colis dans le monde entier — près de 50 Boeing quotidiens.

Cette logistique a une empreinte carbone gigantesque, totalement incompatible avec les objectifs climatiques fixés par la COP des Nations Unies.

Et ce n’est pas tout : la mode jetable produit des montagnes de déchets textiles qui finissent sur les plages africaines. Cette pollution, invisible depuis nos vitrines parisiennes, est pourtant bien réelle. Nous sommes face à un triple enjeu — climatique, sanitaire et sociétal.

 

Vous parlez d’un enjeu sanitaire ?

Oui, c’est un aspect souvent négligé. Beaucoup de vêtements issus de la fast fashion sont fabriqués à partir de fibres synthétiques, comme le polyester, qui dégagent des substances cancérigènes.

Ces produits ne menacent pas seulement la santé des consommateurs européens, mais aussi celle des ouvriers chinois ou bangladais qui les manipulent chaque jour.

Nous avons une responsabilité collective : protéger, éduquer, et tirer tout le monde vers le haut — les consommateurs, les entreprises et les gouvernements.

 

Le sens du “Made in France”, selon vous, dépasse la simple dimension économique ?

Exactement. Il s’agit d’une démarche culturelle, sociale et éthique. Acheter local n’est pas un réflexe passéiste : c’est un choix de société. C’est opter pour la qualité, la durabilité, la traçabilité et le respect du travail humain.

À l’inverse, céder à la tentation du « toujours moins cher », c’est alimenter un système qui détruit nos emplois, notre planète et notre santé.

Chacun de nous détient un pouvoir : par nos achats, nos habitudes et nos valeurs, nous décidons du monde que nous voulons construire.

 

Concrètement, que fait la Ville de Paris pour encourager une mode plus responsable ?

Nous avons construit un véritable écosystème dédié à la création et à l’artisanat. La mode, ce n’est pas seulement LVMH, Chanel ou Dior ; c’est aussi des centaines de jeunes créateurs formés dans nos écoles — notamment à l’École Duperré, une école publique d’excellence.

Nous les accompagnons grâce à des dispositifs comme les Ateliers de Paris (incubateur de la création), les bourses “Savoir-Faire et Transmission”, et le programme Paris Commerce, qui aide à ouvrir des boutiques-test et à accéder à un premier local.

Depuis la création du label “Fabriqué à Paris” en 2017, plus de 2 500 artisans et créateurs ont été labellisés. Cette année encore, 540 nouveaux dossiers ont été déposés. Cela montre une vraie dynamique et une volonté des Parisiens de consommer autrement, avec sens et éthique.

 

Vous travaillez également avec des acteurs chinois. Comment concilier critique et coopération ?

Bien sûr. Il ne s’agit pas d’opposer la France à la Chine. Je collabore régulièrement avec des entrepreneurs chinois, notamment dans le cadre de la Foire de Paris, où un espace est chaque année dédié à la Chine.

Dans le secteur de la mode, de nombreuses collaborations franco-chinoises fonctionnent très bien. Le problème n’est pas “la Chine” ,  mais certaines entreprises qui bâtissent leur succès sur l’exploitation humaine, la pollution et le non-respect des normes sanitaires.

 

Les touristes chinois ont longtemps plébiscité le “Made in France” ?

Avant la crise du Covid, les touristes chinois étaient les premiers visiteurs internationaux à Paris. Leur premier réflexe ? Aller aux Galeries Lafayette ou dans les grandes maisons parisiennes pour acheter du textile français, des sacs à main, des bijoux — du vrai Made in France.

C’était une forme de reconnaissance du savoir-faire et de la qualité française. Aujourd’hui, voir SHEIN s’installer au BHV Marais, l’un des symboles du commerce parisien, c’est presque un contresens. Ce lieu aurait pu être une vitrine du patrimoine textile français, et non le reflet d’une mondialisation sans conscience.

 

Finalement, que révèle cette controverse selon vous ?

Elle nous pousse à une question essentielle : quel modèle économique voulons-nous pour demain ? Celui de la vitesse, du jetable et de l’exploitation ? Ou celui du respect, de la durabilité et de la création ?

SHEIN n’est qu’un miroir grossissant. Ce débat doit nous aider à grandir collectivement, à construire une économie qui serve enfin les êtres humains — et la planète.

 

 

Interview: Wendy

Rédaction: Hervé

Assitant: Nissrine

 

 

 

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